L'Iran menace Donald Trump et bloque le marché du pétrole
Téhéran: L'Iran a menacé mardi le président américain, en rejetant ses avertissements de la veille et en jurant que plus aucune goutte de pétrole ne sortirait du Moyen-Orient "jusqu'à nouvel ordre".La République islamique balaye ainsi les propos la veille de Donald Trump, qui promettait de frapper "plus fort" si Téhéran continuait de paralyser la circulation du pétrole dans la région.
Une perspective qui angoisse les marchés, face à un conflit qui embrase le Moyen-Orient depuis le 28 février et dont l'issue est illisible.
"Les forces armées iraniennes (...) n'autoriseront pas l'exportation d'un seul litre de pétrole de la région vers le camp ennemi et ses partenaires jusqu'à nouvel ordre", a déclaré Ali Mohammad Naini, porte-parole des Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique du pouvoir.
Le pouvoir iranien contrôle de facto le très stratégique détroit d'Ormuz, par lequel transite un cinquième de la production mondiale de pétrole et de gaz naturel liquéfié (GNL).
Khamenei toujours invisible
Les efforts "pour réduire et contrôler le prix du pétrole et du gaz seront ponctuels et vains. En temps de guerre, le commerce est tributaire de la sécurité régionale", a assuré le porte-parole des Gardiens, selon l'agence de presse Tasnim.
Ces derniers ont promis de laisser transiter par le précieux passage "tout pays arabe ou européen qui expulserait les ambassadeurs israélien et américain de son territoire".
La veille, Donald Trump avait comme souvent laissé planer le doute sur ses projets. Tout en menaçant Téhéran, il avait assuré que la guerre allait "se terminer bientôt".
Le dirigeant américain avait aussi annoncé son intention de lever certaines sanctions sur le pétrole "afin de réduire les prix" qui se sont envolés ces derniers jours. Sans préciser pour autant de quelles sanctions il s'agissait, ni quels pays étaient concernés.
Une raffinerie émiratie stoppée
Le Qatar a dénoncé des attaques contre les installations énergétiques "des deux côtés", qui constituent selon lui "un précédent dangereux". Le PDG de la compagnie pétrolière saoudienne Aramco mettait lui en garde contre les "conséquences catastrophiques" d'un blocage prolongé sur les marchés pétroliers.
L'Irak, l'un des pays fondateurs de l'OPEP, qui tire 90% de ses revenus de l'or noir et a lui-même plusieurs pétroliers bloqués dans le Golfe, a indiqué chercher des voies alternatives. Hors de la région, l'Inde a décidé d'affecter en priorité le gaz à la consommation des ménages et aux transports.
Les monarchies du Golfe tentent tant bien que mal de protéger des infrastructures d'hydrocarbures constamment visées, afin de ne pas laisser la situation s'aggraver.
La raffinerie émiratie de Ruwais, l'une des plus grandes du monde, a suspendu ses activités par "précaution" après une attaque de drone sur la zone industrielle où elle est située, selon une source proche du dossier. Celle-ci n'a pas précisé à l'AFP si le complexe lui même avait été touché.
Le Koweït et l'Arabie saoudite ont dit avoir eux-mêmes abattu des aéronefs sans pilote, omniprésents dans le conflit. Et Bahreïn a déploré deux morts dans la frappe d'un immeuble résidentiel.
En attendant d'y voir plus clair, les marchés mondiaux ont fait volte-face après la panique de lundi. Vers 11H10 GMT, le baril de West Texas Intermediate (WTI WTI Le West Texas Intermediate (WTI), aussi appelé Texas Light Sweet, est une variation de pétrole brut faisant office de standard dans la fixation du cours du brut et comme matière première pour les contrats à terme du pétrole auprès du Nymex (New York Mercantile Exchange), la bourse spécialisée dans l'énergie.), référence du marché américain, reculait de 6,06%. Le Brent BRENT Le Brent ou brut de mer du nord, est une variation de pétrole brut faisant office de référence en Europe, coté sur l'InterContinentalExchange (ICE), place boursière spécialisée dans le négoce de l'énergie. Il est devenu le premier standard international pour la fixation des prix du pétrole. de la mer du Nord perdait 7,03%.
"Il est rare que les marchés connaissent une telle volatilité", constate Ipek Ozkardeskaya, analyste pour Swissquote Bank. Les propos de Donald Trump lundi ont permis d'enrayer la chute des marchés. Mais le conflit se poursuit "à plein régime (...) et les intentions des États-Unis dans cette guerre restent floues".
"Briser les os"
"Ce n'est pas à moi de conjecturer si c'est le début, le milieu, ou la fin" du conflit, a-t-il estimé, refusant de commenter les propos de son président.
Israël "brisera les os" du pouvoir iranien, mais n'en a "pas encore fini" avec lui, a déclaré de son côté le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.
Son armée a annoncé une nouvelle série de frappes sur Téhéran, où des journalistes de l'AFP ont entendu peu après des explosions.
Elle frappe aussi toujours le Liban, disant viser les fiefs du mouvement pro-iranien Hezbollah dans le sud et l'est du pays, victime collatérale de la guerre avec l'Iran.
Les forces israéliennes ont prévenu de frappes sur Tyr et Saïda (sud), appelant les habitants de plusieurs immeubles à évacuer leur logement.
Un scénario désormais courant, notamment pour Beyrouth, dont la banlieue sud a été quasiment vidée. Elle a été de nouveau frappée mardi, selon des images de l'AFPTV.
Plus de 667.000 personnes ont été déplacées par les frappes israéliennes sur son voisin, dont 100.000 en 24 heures, selon le Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR).
Le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies a assuré être dépassé dans sa capacité de réponse, réclamant des "financements et soutien supplémentaires afin de pouvoir maintenir l'ampleur de (son) intervention" dans le pays du Cèdre.
(c) Afp







