A+ A A-

🇮🇷 Les pays du Golfe peuvent-ils se passer du détroit d'Ormuz?

Pétrole aux Emirats arabes unisAbou Dhabi (Emirats arabes unis): Face au blocage par l'Iran du détroit d'Ormuz, les monarchies du Golfe repensent leurs routes pétrolières et commerciales, un impératif stratégique qui se heurte toutefois à des contraintes structurelles et des rivalités économiques, soulignent des experts.


Sortir de la dépendance

Privés d'une vitale voie maritime, porte de sortie des hydrocarbures et d'entrée des marchandises, les pays de la région ont intensifié leur coopération logistique et mis en place des itinéraires de remplacement depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, déclenchée le 28 février par des frappes israélo-américaines sur l'Iran.

"Quelle que soit la manière dont la crise actuelle sera résolue, aucun gouvernement ne reviendra à une posture de dépendance stratégique à l'égard d'un passage étroit contrôlé par un voisin imprévisible", relevait Badr Jafar, émissaire spécial des Emirats arabes unis chargé des affaires et de la philanthropie, dans une tribune publiée début avril par le Financial Times.

"Les oléoducs seront étendus. Les capacités portuaires seront développées" et les nouveaux corridors commerciaux reliant les économies de la région seront "formalisés", a-t-il pronostiqué.

Des oléoducs aux capacités limitées

Situés en amont du détroit d'Ormuz et dépourvus d'autre accès maritime, le Koweït, le Qatar et le Bahreïn restent entièrement dépendants de ce passage, par lequel passaient près de 20 millions de barils de brut et de produits pétroliers par jour en 2025, selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE).

L'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis disposent, eux, de débouchés partiels grâce à des oléoducs reliant respectivement la mer Rouge et le golfe d'Oman. Mais ces infrastructures, déjà en service avant le conflit, offrent des capacités supplémentaires limitées, évaluées par l'AIE entre 3,5 et 5 millions de barils par jour.

"La réalité est que des voies d'exportation alternatives (... ) mettront du temps à voir le jour", souligne pour l'AFP Robert Mogielnicki, de l'Institut des Etats arabes du Golfe à Washington, mais la diversification "sera cruciale dans les années à venir ".

La dépendance est encore plus forte pour le gaz naturel liquéfié (GNL), produit principalement par le Qatar.

" L'idée d'un gazoduc transarabique a été évoquée à plusieurs reprises, mais n'a jamais abouti. Les distances, la complexité politique et les coûts rendent ces projets peu compétitifs par rapport aux méthaniers, en temps normal", observe Frédéric Schneider, du Middle East Council on Global Affairs.

L'option route-rail coûteuse

La plupart des grands ports du Golfe situés au sud du détroit - notamment Jebel Ali - étant désormais inaccessibles, les porte-conteneurs se reportent vers ceux d'Oman ou de la côte ouest de l'Arabie sur la mer Rouge. Même celui de Neom, un projet de ville futuriste à l'avenir incertain, a été mis à contribution.

Les marchandises sont ensuite acheminées par voie terrestre vers les autres pays.

L'Arabie saoudite, qui ambitionne de devenir un centre logistique régional, a lancé récemment des corridors commerciaux combinant routes et rail afin de relier le Golfe à la mer Rouge et à la frontière jordanienne. "Mais les capacités ne sont pas illimitées et les coûts du transport terrestre restent nettement supérieurs à ceux du transport maritime ", souligne Frédéric Schneider.

Et le projet ferroviaire du Conseil de coopération du Golfe (CCG), censé relier les six Etats membres d'ici à 2030, accumule les retards.

La crise pourrait également remettre sur le tapis le corridor économique Inde -Moyen-Orient-Europe (IMEC), lancé en 2023, qui permet de contourner en partie le détroit d'Ormuz ainsi que le canal de Suez en combinant liaisons ferroviaires à travers la péninsule arabique et connexions maritimes vers l'Inde et l'Europe.

Il reste "toutefois fragile, voire hypothétique à ce stade", souligne l'économiste, son tracé prévoyant notamment un segment entre l'Arabie et Israël, alors qu'une normalisation entre les deux pays semble plus éloignée que jamais.

Rivalités régionales

"Les tensions autour du détroit vont créer un certain élan en faveur des projets d'intégration régionale, mais ceux-ci devront composer avec des vents contraires économiques et des gouvernements focalisés sur leurs priorités nationales", estime Robert Mogielnicki.

La perte de revenus pétroliers, les besoins de reconstruction après les attaques iraniennes et la hausse des dépenses militaires vont créer une pression budgétaire qui risque au contraire d'accentuer "les rivalités économiques, souvent à somme nulle, entre les Etats du Golfe", notamment entre Ryad et Abou Dhabi, dont les relations se sont nettement dégradées ces derniers mois, abonde M. Schneider.

Les crises précédentes, de l'invasion du Koweït en 1990 au blocus du Qatar, n'ont jamais abouti à la "coopération multilatérale, institutionnalisée et durable qu'exigent les grands projets d'infrastructure", rappelle-t-il.

La crise d'Ormuz est un choc géopolitique, qui ne peut pas selon l'analyste remplacer "la volonté politique" qui a fait défaut jusqu'à présent.



Commenter 🇮🇷 Les pays du Golfe peuvent-ils se passer du détroit d'Ormuz?



    Communauté prix du baril


    Le pétrole en Arabie Saoudite

    - Toutes les actualités du pétrole en Arabie Saoudite

    dimanche 10 mai 2026

    Le géant pétrolier saoudien Aramco annonce une hausse de 25…

    Ryad: Le géant pétrolier saoudien Aramco a annoncé dimanche une hausse de 25,5% de son bénéfice net au premier trimestre, porté par...

    jeudi 02 avril 2026

    Ormuz: les pays du Golfe réclament un feu vert de l'ONU pour…

    Nations Unies: Le secrétaire général du Conseil de coopération du Golfe (CCG) a appelé jeudi le Conseil de sécurité de l'ONU à...

    jeudi 19 mars 2026

    La guerre au Moyen-Orient s'étend aux sites de production d…

    Téhéran: Des frappes iraniennes ont porté des "dommages considérables" sur le plus important site de gaz naturel liquéfié du monde, au Qatar...

    Les dernières actualités des prix du pétrole

    mardi 30 juin 2026 à 21:27

    Le pétrole en petite baisse, malgré le flou sur les discussi…

    Cours de clôture: Les cours du pétrole ont reculé mardi, les opérateurs continuant d'afficher un certain optimisme quant à une résolution du...

    mardi 30 juin 2026 à 12:57

    Le pétrole stable en attendant des réunions entre Téhéran et…

    Londres: Les cours du pétrole sont stables mardi, le marché attendant les négociations prévues cette semaine entre les Etats-Unis et l'Iran alors...

    mardi 30 juin 2026 à 11:09

    ⚓ Le détroit d'Ormuz, passage stratégique sous haute tension

    Téhéran: Le détroit d'Ormuz, point de passage clé pour le commerce mondial des hydrocarbures, est au coeur des tensions depuis le début...

    lundi 29 juin 2026 à 21:29

    Le regain de tensions au Moyen-Orient fait progresser les co…

    Cours de clôture: Les cours du pétrole ont terminé en hausse lundi, dans un marché crispé par le regain de tensions entre...

    lundi 29 juin 2026 à 18:35

    ⚓ Détroit d'Ormuz: des risques persistent pour le commerce e…

    Paris: Après plusieurs mois de blocage du détroit d'Ormuz, la réouverture de cette artère maritime stratégique pour le commerce mondial a permis...

    lundi 29 juin 2026 à 11:52

    Le pétrole progresse après le regain de tensions entre Washi…

    Londres: Les cours du pétrole montent lundi après la reprise des hostilités entre les Etats-Unis et l'Iran ce week-end, mais de manière...

    lundi 29 juin 2026 à 06:33

    Le pétrole monte légèrement, guette la pause des hostilités …

    Tokyo: Les prix du pétrole montent légèrement lundi, tempérant leurs gains alors qu'Iran et Etats-Unis se sont entendus pour suspendre mutuellement leurs...

    dimanche 28 juin 2026 à 15:27

    Ormuz: l'Iran met en garde contre tout contournement de son …

    Téhéran: L'Iran a prévenu dimanche que toute tentative d'opter pour une autre route que celle longeant ses côtes dans le détroit d'Ormuz...

    vendredi 26 juin 2026 à 22:06

    Le pétrole chute avec la reprise du trafic maritime dans le …

    Cours de clôture: Les cours du pétrole ont terminé en nette baisse vendredi, alors que des navires ont continué vendredi à traverser...

    Toute l'actualité du baril et des cours du pétrole

    Les analyses des Prix du pétrole les plus récentes

    Chiffres du jour

    Lundi 1er juin 2026 Vers 11h10, les cours du pétrole rebondissaient: le prix du baril de Brent atteignait 94,44 $/baril (+3,64 %) et le WTI 91,01 $/baril (+4,18 %), après une chute de plus de 11 % la semaine dernière. Le pétrole monte donc sur fond de durcissement de Washington face à l’Iran et de tensions autour du détroit d’Ormuz, goulet d’étranglement de 20 % de l’offre mondiale d’hydrocarbures.

    📈 De TotalEnergies à Shell, les compagnies européennes raflent la mise

    Le jeudi 07 mai 2026

    Londres: Les compagnies pétrogazières européennes ont dégagé d'énormes profits au 1er trimestre, profitant de la volatilité des cours provoquée par la guerre au Moyen-Orient, ce qui a relancé de Londres à Paris les appels à taxer ces bénéfices exceptionnels.

    Lire la suite

    🇻🇪 Venezuela: 100 milliards "investis" par les compagnies pétrolières selon Trump

    Le vendredi 09 janvier 2026

    Washington: Le président américain Donald Trump a affirmé vendredi sur son réseau social Truth Social qu'"au moins 100 milliards de dollars" seront investis au Venezuela par les compagnies pétrolières américaines.

    Lire la suite

    📊 Les grandes hausses et baisses des prix du pétrole brut depuis 30 ans

    Le mardi 10 mars 2020

    Les prix du pétrole ont chuté de plus de 30% le 9 mars 2020 après l'échec d'un accord entre l'Arabie saoudite et la Russie visant à réduire la production pétrolière au sein de ce qu'on aura appelé l'alliance OPEP+. Voici les principaux mouvements du pétrole, au fil des événements internationaux depuis 30 ans.

    Lire la suite