🇻🇪 Le pétrole en ligne de mire de l’intervention US au Venezuela: quel scénario pour le baril ?

PétroleCaracas: Quelques heures après la capture de Nicolás Maduro et son transfert vers les États-Unis, Donald Trump a affirmé vouloir « rouvrir » le Venezuela aux compagnies pétrolières américaines, tout en maintenant l'embargo sur le brut vénézuélien. Sur le papier, l'équation est simple: un pays assis sur des réserves géantes, une industrie pétrolière exsangue et Washington qui revient au centre du jeu. Dans les faits, les conséquences dépendront d'un triptyque décisif: sécurité, cadre juridique et prix du baril.

Des réserves colossales... mais une production bridée

Le Venezuela revendique plus de 300 milliards de barils de réserves prouvées - parmi les plus élevées au monde - mais sa production reste sans commune mesure avec ce potentiel. Les dernières séquences de crise ont rappelé ce paradoxe: malgré un sous-sol exceptionnel, le pays ne produit qu'aux alentours de 1 million de barils/jour, loin de ses niveaux passés, sur fond de sous-investissement et d'infrastructures dégradées.

Autre contrainte structurelle: une part importante des ressources du pays est constituée de brut extra-lourd, notamment dans la ceinture de l'Orénoque, plus coûteux et plus complexe à produire, transporter et raffiner sans diluants et équipements adaptés. Cette « réalité géologique » pèse autant que la politique dans la vitesse d'un éventuel redressement.

TOP 10 DES RÉSERVES DE PÉTROLE
Rang Pays Réserves (Mds de barils) % Mondial Statut
1
Venezuela
303 19,4 % OPEP
2
🇸🇦Arabie Saoudite
267 17,1 % OPEP
3
🇮🇷Iran
209 13,3 % OPEP
4
🇨🇦Canada
171 10,9 % Non-OPEP
5
🇮🇶Irak
145 9,3 % OPEP
6
🇦🇪Émirats Arabes Unis
113 7,2 % OPEP
7
🇰🇼Koweït
102 6,5 % OPEP
8
🇷🇺Russie
80 5,1 % Non-OPEP
9
🇱🇾Libye
48 3,1 % OPEP
10
🇺🇸États-Unis
45 2,9 % Non-OPEP
Source: OPEP - MAJ: 4 janvier 2026

De l'embargo au "blocus": la mécanique de pression américaine

Washington a durci sa pression ces dernières années: sanctions économiques renforcées depuis 2017, puis embargo pétrolier en 2019, avant une escalade fin 2025 avec l'annonce d'un « blocus total » visant des pétroliers liés au commerce du brut vénézuélien. Dans le même temps, Caracas a assuré que ses exportations continuaient « normalement », signe que la bataille se joue aussi sur la logistique maritime et l'assurance des cargaisons.

Point clé pour le marché: Chevron était jusqu'ici la principale exception opérationnelle, avec des flux vers les États-Unis évoqués à un peu plus de 200 000 b/j dans la période récente, alors que Washington poursuivait parallèlement des navires soupçonnés de transporter du brut vénézuélien sous sanctions.

Le "retour" des majors: réaliste... mais pas immédiat

Donald Trump promet des investissements « de milliards de dollars » pour réparer des infrastructures « gravement endommagées », tout en réaffirmant que l'embargo reste « pleinement en vigueur ». Ce double message traduit une ligne politique: reprendre la main sans donner un chèque en blanc, et conditionner tout rebond pétrolier à un nouvel ordre interne.

Trump drill oil

Mais sur le terrain, les banques et les analystes soulignent l'ampleur des dégâts: redémarrer durablement suppose des capitaux, du temps et surtout un cadre stable (contrats, fiscalité, sécurité des personnels et des installations).

À cela s'ajoute un contexte de prix peu incitatif: les cours du pétrole sortent d'une année 2025 en fort repli et le marché reste dominé par la crainte d'une surabondance. Dans ces conditions, les compagnies qui rendront des comptes à leurs actionnaires seront prudentes tant que le risque pays restera élevé.

Quel impact sur le Brent et le WTI ? Un effet d'abord psychologique

À court terme, l'effet sur les cours reste limité: au moment où les opérateurs digéraient les annonces, le Brent évoluait autour de 60,38 $ (−0,61%) et le WTI autour de 56,93 $ (−0,69%). Le raisonnement est classique: malgré ses réserves, le Venezuela pèse peu dans la production mondiale et le marché privilégie l'équilibre offre/demande global - d'autant que l'Opep+ a confirmé le maintien de ses quotas actuels et renvoyé le prochain rendez-vous au 1er février.

Le vrai levier, lui, est de moyen terme: si Washington devait assouplir l'embargo ou créer un régime d'exemptions plus large, la question ne serait pas seulement « combien de barils de plus », mais quels barils (bruts lourds) et où ils vont. Les États-Unis disposent de raffineries historiquement adaptées aux bruts lourds, ce qui rend l'enjeu vénézuélien autant industriel que géopolitique.

Les conséquences à surveiller

Pour le Venezuela, le pétrole redevient l'axe central de la recomposition: une relance crédible supposerait de remettre en état les installations, sécuriser les terminaux, stabiliser PDVSA et clarifier la gouvernance des joint-ventures - PDVSA ayant été créée dans le cadre de la nationalisation de l'industrie en 1976, un repère historique qui continue de structurer le débat sur la souveraineté énergétique.

Pour Washington, l'enjeu dépasse le baril: l'intervention et la stratégie pétrolière visent à peser sur l'équation politique interne, à redessiner les flux commerciaux et à installer une capacité d'influence durable dans une zone où le pétrole - même produit en volumes modestes - reste un outil de puissance.



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