Le retour du pétrole à 100 dollars secoue les marchés
New York: L'élargissement du conflit au Moyen-Orient en mer Rouge a propulsé le baril de pétrole au-dessus des 100 dollars jeudi, ravivant les craintes de choc énergétique et chahutant les marchés d'actions, déjà affaiblis par le décrochage de la tech.Le prix du baril de BrentBRENT Le Brent ou brut de mer du nord, est une variation de pétrole brut faisant office de référence en Europe, coté sur l'InterContinentalExchange (ICE), place boursière spécialisée dans le négoce de l'énergie. Il est devenu le premier standard international pour la fixation des prix du pétrole., la référence mondiale du brut, a atteint 100,69 dollars, soit un bond de 7,04% par rapport à la veille. Il n'avait plus atteint ce seuil depuis le mois de mai.
Son équivalent américain, le baril de WTIWTI Le West Texas Intermediate (WTI), aussi appelé Texas Light Sweet, est une variation de pétrole brut faisant office de standard dans la fixation du cours du brut et comme matière première pour les contrats à terme du pétrole auprès du Nymex (New York Mercantile Exchange), la bourse spécialisée dans l'énergie., a gagné 6,17% à 92,19 dollars.
Les rebelles houthis du Yémen, soutenus par l'Iran, ont revendiqué jeudi des attaques contre deux pétroliers saoudiens dans la mer Rouge, quelques jours après avoir annoncé un blocus contre les ports d'Arabie saoudite.
La mer Rouge est devenue un axe stratégique pour les exportations saoudiennes d'or noir, permettant de contourner le détroit d'Ormuz - bloqué par l'Iran - via le port de Yanbu, sur la côte ouest du pays.
Les attaques viennent mettre à mal cette stratégie.
"Si l'Arabie saoudite n'est pas en mesure d'acheminer" ce pétrole d'une façon ou d'une autre, "cela signifie que la perturbation de l'approvisionnement s'aggravera d'autant pour le reste du monde, à un moment où nous continuons à puiser dans nos stocks commerciaux" pour atténuer la crise, juge auprès de l'AFP Andy Lipow, analyste de Lipow Oil Associates.
Pour Stephen Innes, gérant de SPI AM, "les investisseurs étaient disposés à tolérer le choc subi dans le Golfe, en partant du principe que les routes maritimes pourraient être réorganisées et que les perturbations resteraient géographiquement limitées".
La perturbation d'un deuxième point de passage stratégique "rend cette hypothèse plus difficile à défendre", assure-t-il.
Les inquiétudes se sont propagées sur les marchés boursiers, jusqu'alors plutôt résilients face aux montées de tensions au Moyen-Orient.
En Europe, la Bourse de Paris a terminé en baisse de 1,64%, Milan a chuté de 2,80% et Madrid a perdu 1,55%. A Zurich, le SMI a fini en recul de 0,71%.
"Les prix élevés du pétrole brut donnent particulièrement du fil à retordre aux entreprises allemandes dépendantes des matières premières et de l'énergie", rappelle Andreas Lipkow de CMC Markets, précipitant l'indice Dax de la Bourse de Francfort dans le rouge (-1,56%).
Même à Londres, "le retour des inquiétudes concernant les taux d'intérêt et la prudence face aux risques inflationnistes liés aux matières premières ont finalement pris le pas sur le soutien initial apporté par les valeurs énergétiques", note Patrick Munnelly, de Tickmill Group. L'indice FTSE 100 a finalement cédé 0,73%.
A Wall Street, le Dow Jones a perdu 0,97%, l'indice Nasdaq a dégringolé de 2,15% et l'indice élargi S&P 500 a perdu 1,21%.
La chute des titres Alphabet (Google) (-6,89%) et Tesla (-14,52%) après leurs résultats trimestriels a emporté les indices américains.
Les acteurs du marché s'inquiètent de la fonte des marges de Tesla et des dépenses faramineuses engagées par les deux géants pour développer l'intelligence artificielle (IA).
"La course à la monétisation, à la puissance de calcul et à la pertinence s'intensifie, tandis que les perspectives de rentabilité restent, au mieux, incertaines", de quoi échauder les investisseurs, remarque Jose Torres, de la plateforme Interactive Brokers.
Le mouvement de vente a été d'une telle d'ampleur qu'il a effacé environ 800 milliards de dollars de valorisation boursière rien que du côté des grands noms de la tech américaine.
En Europe, "le groupe de semi-conducteurs STMicroelectronics n'a pas répondu aux attentes du marché", ce qui "a soumis l'ensemble du secteur des semi-conducteurs à une pression vendeuse", relève Andreas Lipkow.
A Paris, STMicroelctronics s'est effondré de 17,72% après des résultats qui ont déçu les attentes. Dans son sillage, Infineon a perdu 6,17% à Francfort.
La nouvelle flambée des prix du pétrole nourrit les craintes d'un choc inflationniste, ce que reflètent les taux d'emprunt des États.
Aux Etats-Unis, le rendement de la dette souveraine à échéance dix ans se tendait nettement à 4,70% vers 20H50 GMT, au plus haut depuis janvier 2025.
Les taux d'emprunt imposés à la France pour financer sa dette à échéance 10 ans ont dépassé le seuil de 4% jeudi, pour la première fois depuis juin 2009. Référence en Europe, le rendement du "Bund" allemand à dix ans a lui dépassé le seuil de 3,20% pour la première fois depuis 2011.
La Banque centrale européenne (BCE) a laissé jeudi l'ensemble de ses taux d'intérêt inchangés, malgré la reprise des hostilités au Moyen-Orient et le rebond des prix de l'énergie.
