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⚓ Le détroit d'Ormuz, passage stratégique sous haute tension

Pétrole en IranTéhéran: Le détroit d'Ormuz, point de passage clé pour le commerce mondial des hydrocarbures, est au coeur des tensions depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, même après un protocole d'accord américano-iranien censé mettre fin au conflit.

L'Iran répète depuis des semaines malgré l'opposition des Etats-Unis qu'il n'y aura pas de retour à la situation d'avant-guerre, quand le passage était gratuit. Quel rôle joue ce détroit dans le trafic maritime et que dit le droit international?

Porte d'entrée du Golfe

Reliant le Golfe à l'océan Indien, cette voie maritime sépare l'Iran et le sultanat d'Oman. Elle est particulièrement vulnérable en raison de sa faible largeur, 50 kilomètres environ, et de sa profondeur, qui n'excède pas 60 mètres.

Le détroit est parsemé d'îles désertiques ou peu habitées, mais hautement stratégiques: les îles iraniennes d'Ormuz, de Qeshm et de Larak, face à la rive iranienne de Bandar Abbas.

La rive omanaise, la péninsule du Musandam, forme un index pointant vers l'Iran, séparé du reste du sultanat par des terres appartenant aux Emirats arabes unis.

Au large des Emirats, les îles de la Grande Tomb, la Petite Tomb et Abou Moussa constituent un poste d'observation sur toutes les côtes des pays du Golfe. Elles sont occupées par l'Iran depuis 1971, après le départ des forces britanniques de la région.

Crucial pour le pétrole

Le détroit d'Ormuz constitue la principale voie maritime connectant les riches pays pétroliers du Moyen-Orient au reste du monde, en particulier aux marchés asiatiques.

En 2024, environ 20 millions de barils de brut y circulaient quotidiennement, l'équivalent de près de 20% de la consommation mondiale de pétrole liquide, selon l'Agence américaine de l'Energie (EIA).

Environ un cinquième du commerce mondial de gaz naturel liquéfié y transitait aussi, principalement en provenance du Qatar.

En verrouillant le détroit depuis le début de la guerre déclenchée le 28 février par des attaques israélo-américaines sur l'Iran, Téhéran a provoqué une flambée des cours du pétrole, désormais retombés à leurs niveaux d'avant-guerre.

Statut juridique

Plus de trois mois après le début du conflit, Téhéran et Washington ont signé le 17 juin un protocole d'accord prévoyant une réouverture du détroit, tandis que le trafic maritime a timidement repris.

Mais le contrôle d'Ormuz reste au coeur des différends, les deux camps s'accusant mutuellement de violations du cessez-le-feu.

L'Iran et Oman revendiquent leur souveraineté sur le transit dans le détroit et envisagent de faire payer les navires souhaitant le franchir.

Téhéran n'autorise par ailleurs qu'un seul couloir de passage, le long de ses côtes, et menace de s'en prendre à tout navire contrevenant. Des tirs contre des bâtiments de commerce ont ainsi été recensés ces derniers jours, provoquant des frappes de représailles des Etats-Unis.

La Convention des Nations unies sur le droit de la mer garantit pourtant la liberté de navigation "sans entrave" des bateaux dans les détroits servant à la navigation internationale.

L'Iran n'a jamais ratifié ce texte, mais "le régime de passage en transit est largement considéré comme faisant partie du droit international coutumier", avait expliqué en mars à l'AFP Marco Roscini, professeur de droit international à la Westminster Law School.

Téhéran, en quête de rentrées financières après des décennies de sanctions internationales et un conflit qui a encore davantage ravagé ses infrastructures et son économie, parle désormais de "frais de service" ou du paiement d'une "assurance" - au lieu de péage.

Ce changement lexical "peut être une tentative de présenter la demande d'une manière juridiquement plus défendable", estime Dimitris Ampatzidis, analyste de la plateforme de suivi maritime Kpler.

"En droit maritime international, il peut exister une marge pour des redevances liées à des services précis effectivement fournis, comme la lutte contre la pollution, l'assistance à la navigation ou le soutien en cas d'urgence", précise cet expert.

Oman a d'ailleurs dit que des frais, sur le modèle des détroits de Malacca et de Singapour, pourraient être en accord avec le droit international.

Le pays "fait probablement référence, au moins par analogie, au mécanisme de coopération de l'OMI (Organisation maritime internationale, agence onusienne, NDLR) pour ces deux détroits", lancé en 2007, souligne M. Ampatzidis.

Cependant, ce mécanisme "repose sur la coopération et le partage volontaire des coûts pour la sécurité de la navigation et la protection de l'environnement. Il ne constitue pas un précédent permettant à un Etat côtier d'imposer unilatéralement un péage aux navires transitant par un détroit international", ajoute-t-il.

Le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio a mis en garde contre "le chaos total" en cas de mise en place d'une redevance. "Si nous acceptons que l'on puisse faire payer l'utilisation d'une voie navigable internationale parce qu'elle se trouve à proximité de son espace territorial, cela se propagerait alors à travers le monde comme une épidémie", a-t-il averti.

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