Les Houthis ciblent l’Arabie saoudite et menacent deux routes pétrolières
Ryad: Le mouvement houthi a revendiqué lundi une opération "de grande envergure" contre la base aérienne de King Khalid, à Khamis Mushait, dans le sud de l’Arabie saoudite.Selon les rebelles yéménites, l’attaque a mobilisé "dizaines de missiles balistiques et de drones".
Un habitant joint sur place a indiqué avoir vu de "nombreux missiles" atteindre la base militaire, accompagnés de fortes détonations. "C’est la première fois qu’il y en avait autant", a-t-il dit, évoquant un incendie "qui a duré très longtemps".
Ryad avait mené la veille une cinquantaine de frappes, d’après les Houthis, qui occupent une place centrale dans le réseau régional de groupes armés soutenus par l’Iran. Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, dirigeant de facto du royaume, a reçu lundi à Djeddah l’amiral Brad Cooper, commandant du Centcom américain, pour discuter des "derniers développements dans la région", selon l’agence officielle saoudienne SPA.
Les Houthis ont renforcé ces derniers jours leur contrôle sur le détroit de Bab el-Mandeb, axe maritime entre l’Europe et l’Asie à l’extrémité sud de la mer Rouge. Le mouvement a aussi attaqué des installations pétrolières de l’Arabie saoudite, premier exportateur mondial de brut, contribuant à porter les cours du pétrole au-dessus de 100 dollars.
Dans son Short-Term Energy Outlook d’août 2026, l’Energy Information Administration américaine estimait que les flux de pétrole et liquides pétroliers par le détroit d’Ormuz avaient reculé à 4,9 millions de barils par jour au deuxième trimestre 2026, contre 21,6 millions au quatrième trimestre 2025. La même source évaluait les flux par Bab el-Mandeb à 8,1 millions de barils par jour au deuxième trimestre 2026, contre 5,4 millions fin 2025.
L’Arabie saoudite se retrouve exposée sur deux couloirs maritimes encadrant son territoire, avec des pétroliers menacés à Ormuz et à Bab el-Mandeb. Son oléoduc Est-Ouest, infrastructure utilisée pour contourner Ormuz, est également à l’arrêt après des attaques de drones lancées depuis l’Irak, selon Ryad ; le ministère saoudien de l’Énergie avait indiqué en avril 2026 que cette conduite disposait d’une capacité complète de pompage d’environ 7 millions de barils par jour.
Dans ce contexte, l’Arabie saoudite a demandé le report d’une réunion avec l’Iran prévue lundi à Oman avec les pays du Golfe, selon la diplomatie iranienne. Cette rencontre devait porter sur l’avenir d’Ormuz, que l’Iran verrouille depuis plusieurs mois.
Le porte-parole de la diplomatie iranienne Esmaïl Baghaï a rejeté le motif avancé par Ryad : "Invoquer la question yéménite comme raison (du report) est un faux prétexte". Il a ajouté que "L’Iran n’intervient pas dans les affaires yéménites", qualifiant les Houthis "des acteurs totalement indépendants (qui) prennent leurs décisions en fonction de leurs propres intérêts".
L’analyste politique Maziar Khosravi estime que l’Iran garde "un contrôle relatif sur Ormuz" malgré les pressions américaines. Selon lui, les évolutions militaires au Yémen ont créé "un nouvel équilibre des pouvoirs dans la région et même à l’échelle internationale", ce qui plaçait Téhéran en "position de force" face à une Arabie saoudite fragilisée.
Ali Vaez, analyste à International Crisis Group, juge que les avancées houthies ont aggravé "une crise que les Etats du Golfe jugeaient déjà intenable". Avec Ormuz entravé et Bab el-Mandeb plus vulnérable, "la désescalade devient un impératif économique", selon lui.
Le Yémen a été happé en juillet par le conflit régional né de l’offensive américano-israélienne contre l’Iran lancée fin février, après plusieurs années d’accalmie relative. Les combats récents dans l’ouest du pays ont tué des centaines de personnes et déplacé près de 86 000 habitants, selon l’Organisation internationale pour les migrations.
Dimanche, les forces gouvernementales yéménites ont affirmé avoir reconquis certaines positions dans la région de Taëz. Elles ont aussi fait état d’au "moins une dizaine" de combattants houthis tués par des frappes aériennes.
Entre 2014 et 2022, la guerre entre les Houthis et les forces progouvernementales appuyées par Ryad avait fait des centaines de milliers de morts et plongé le Yémen, pays le plus pauvre de la péninsule arabique, dans une crise humanitaire majeure.
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