BP délaisse la mer du Nord en plein débat sur les forages
BP: Le géant pétrolier britannique BP a annoncé vendredi qu'il envisageait de vendre ses activités en mer du Nord, se détournant d'un bassin vieillissant alors que le gouvernement britannique est sous pression pour autoriser davantage de forages."Le Royaume-Uni est notre foyer depuis plus de 100 ans et continuera de jouer un rôle important dans notre avenir", assure la directrice générale, Meg O'Neill, dans un communiqué.
L'entreprise précise que le siège de BP restera dans le pays.
Face aux pressions, notamment de Donald Trump, qui appelle depuis des mois le Royaume-Uni à forer davantage en mer du Nord, le nouveau Premier ministre britannique Andy Burnham avait assuré jeudi qu'il serait "pragmatique", ajoutant que le pays "ne peut pas ignorer" cette ressource.
Le sujet fait débat au Royaume-Uni, car le parti travailliste s'était engagé à ne pas émettre "de nouvelles licences pour explorer de nouveaux champs" pétroliers et gaziers.
Si les partisans des forages mettent en avant des gains rapides en matière de sécurité et d'indépendance énergétique, les experts soulignent qu'il s'agit d'un bassin en voie d'épuisement.
"Alors que nous concentrons notre portefeuille et orientons nos capitaux vers nos opportunités les plus créatrices de valeur, nous pensons que nos activités en mer du Nord seront mieux positionnées au sein d'une autre entreprise", développe Mme O'Neill.
Le titre de BP à la Bourse de Londres progressait de 0,55% vendredi matin.
BP a déjà mené - sans succès - des discussions sur la vente de ses actifs en mer du Nord avec Ithaca Energy, avait écrit le Financial Times en juin. Le montant évoqué alors était de 2 milliards de livres (2,1 milliards de francs).
Shell, autre géant britannique et concurrent de BP , a déjà réorganisé ses actifs dans la région, regroupés l'an dernier avec ceux du norvégien Equinor.
BP employait en 2025 près de 14.000 personnes au Royaume-Uni, dont environ 1100 dans ses activités en mer du Nord.
Le géant britannique a connu ces derniers mois de fortes turbulences au sein de son équipe de direction et affiché des performances à la traîne des autres majors ces dernières années, après un virage vert qui n'a pas produit les résultats escomptés.
En poste depuis début avril, l'Américaine Meg O'Neill a pour mission de mettre en oeuvre un recentrage radical sur les hydrocarbures, ainsi qu'un plan de réduction des coûts.
BP a dévoilé au premier trimestre un bénéfice en forte hausse, porté par la volatilité des prix des hydrocarbures avec la guerre au Moyen-Orient. Il doit présenter mardi prochain ses résultats du deuxième trimestre.
La question des forages en mer du Nord agite la majorité travailliste depuis son élection à l'été 2024.
Elle est aussi sous pression de l'opposition conservatrice, pour qui produire plus d'hydrocarbures localement serait une façon de faire baisser les prix de l'énergie pour les ménages - même si de nombreux experts soulignent que les prix du pétrole et du gaz sont largement fixés sur les marchés internationaux.
Le gouvernement travailliste précédent, mené par Keir Starmer, avait déjà assoupli sa position en novembre dernier en ouvrant la porte à de nouveaux certificats pour autoriser "une production limitée" dans des gisements existants ou à proximité.
Mais il avait quelques mois plus tard durci le régime de taxation en mer du Nord, en annonçant la réforme d'une niche fiscale utilisée par des producteurs de pétrole et de gaz pour optimiser leurs profits.
Le gisement gazier Jackdaw, à l'est d'Aberdeen, et le champ pétrolifère Rosebank, à l'ouest des Shetland, sont au centre de l'attention, après un bras de fer juridique qui avait vu l'annulation fin janvier 2025 des autorisations aux groupes Shell et Equinor.
Le gouvernement britannique devra décider dans les semaines qui viennent s'il renouvelle ou non son autorisation à ces projets.
