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Il a besoin de nous: le pétrole canadien comme argument de poids face à Donald Trump

MontréalMontréal: Dans la province pétrolière canadienne de l'Alberta, la flambée des prix de l'énergie provoquée par la guerre en Iran redonne confiance à tous ceux qui vivent des sables bitumineux comme Corey Coffey, convaincu que Donald Trump ne peut se passer du pétrole canadien malgré ses menaces.

L'avenir de la ville de Fort McMurray, épicentre de la production canadienne de pétrole, paraissait bien incertain l'an passé après le retour au pouvoir du président américain, mais aujourd'hui cet entrepreneur de 45 ans a retrouvé le sourire.

"Quand on regarde la situation mondiale actuelle, avec l'Iran et le Venezuela, Fort McMurray reste un point d'ancrage solide et stable pour les Etats-Unis", constate Corey Coffey, qui dirige une entreprise de réparation d'engins de chantier.

"Je n'imagine pas (Trump) mettre fin à l'exploitation des sables bitumineux alors qu'il a absolument besoin de nous", dit-il à l'AFP d'un ton enjoué, tout en réparant un camion en panne.

Son entreprise dépend entièrement des sables bitumineux de l'Alberta. Ces vastes gisements de pétrole brut lourd constituent l'une des plus grandes réserves pétrolières au monde.

La guerre commerciale engagée par Donald Trump l'an passé a donné des sueurs froides à la province, qui a vendu en 2024 pour près de 153 milliards de dollars canadiens (95 milliards d'euros) de pétrole aux Etats-Unis.

Même si le président américain s'est abstenu d'imposer fortement le pétrole canadien.

Fervent défenseur des sables bitumineux, dont il minimise l'impact environnemental, Corey Coffey est favorable à ce que le Canada utilise l'argument pétrolier face à Donald Trump.

"Si vous vous présentez à la table des négociations sans rien, vous allez vous faire écraser", juge-t-il.

"Des cartes à jouer"

Washington et Ottawa doivent tenir dans les prochaines semaines des discussions pour la révision de l'accord de libre-échange nord-américain (Aceum).

Donald Trump, qui avait pourtant signé et salué ce texte lors de son premier mandat, souhaite désormais le revoir intégralement, estimant que les Etats-Unis n'ont pas besoin des produits canadiens.

Pour le Canada, maintenir un large accès à l'économie américaine reste essentiel. Ottawa veut aussi la fin ou la réduction des droits de douane sectoriels américains, qui concernent l'automobile, l'acier, l'aluminium ou encore le bois d'oeuvre.

Mais le pétrole est un dossier complexe pour les Etats-Unis. Les relations entre les secteurs pétroliers canadien et américain sont "très importantes et bien intégrées", souligne Matthew Holmes, vice-président de la Chambre de commerce du Canada.

L'an dernier, plus de 60% des importations de pétrole brut aux Etats-Unis provenaient du Canada. Certaines infrastructures américaines ont même été spécialement aménagées afin de raffiner le pétrole brut lourd de l'Alberta.

Alors que ces rapports sont déjà très étroits, "le conflit avec l'Iran modifie radicalement la dynamique", ajoute Matthew Holmes.

Les Etats-Unis sont redevenus un exportateur net de pétrole et le Canada fournit une partie du brut qu'ils raffinent et expédient à l'étranger. La production pourrait même être encore accrue.

Selon Matthew Holmes, le Canada devra toutefois éviter les menaces trop ouvertes s'il entend obtenir des concessions américaines.

"En dépit de cette intégration énergétique, les Etats-Unis ne vont pas se plier à notre volonté", souligne-t-il. Mais son statut d'exportateur de pétrole donne au Canada "davantage de cartes à jouer" dans les négociations.

"Un secteur menacé"

Mais utiliser l'argument du pétrole de l'Alberta ne sera pas évident pour le Premier ministre canadien, Mark Carney.

Son parti libéral est très décrié dans la province, où un courant indépendantiste a le vent en poupe et l'accuse de privilégier les considérations environnementales aux investissements pétroliers.

Même s'il n'a pas hésité à s'engager sur la construction d'un nouvel oléoduc devant relier l'Alberta à la côte ouest du pays, revenant sur la politique écologique de son prédécesseur Justin Trudeau.

L'ancien Premier ministre de l'Alberta Thomas Lukaszuk, qui combat à Ottawa le séparatisme dans sa province, met en garde contre le malaise qui gagne les travailleurs du secteur pétrolier face aux évolutions.

"Ils sont exceptionnels dans leur travail, mais malheureusement beaucoup d'entre eux ne possèdent pas de compétences transférables et lorsqu'ils voient leur secteur menacé, ils s'inquiètent pour leur avenir."



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