L'Agence internationale de l'énergie (AIE) a été créée en novembre 1974, après le premier choc pétrolier, pour protéger ses membres d'une rupture d'approvisionnement en pétrole. Installée à Paris, elle réunit 32 pays ; chacun de ceux qui importent du pétrole doit garder des stocks d'urgence égaux à au moins 90 jours d'importations nettes, et la moyenne atteignait 136 jours en juillet 2026. Le 11 mars 2026, face à la crise d'Ormuz, ses membres ont décidé la plus grande sortie de stocks de leur histoire : 400 millions de barils.
L'AIE est une organisation intergouvernementale autonome, hébergée par l'OCDE à Paris. Elle est née de la crise pétrolière de 1973-1974 : une décision du Conseil de l'OCDE la crée le 15 novembre 1974, puis l'accord relatif à un programme international de l'énergie est signé le 18 novembre. Sa mission d'origine, la sécurité des approvisionnements en pétrole, s'est élargie depuis 2015, et surtout en mars 2022, à toutes les énergies, au climat et aux minerais critiques.
Les décisions reviennent au Conseil de direction, formé des ministres de l'Énergie des pays membres ou de leurs représentants ; l'unanimité est exigée pour déclencher les mesures d'urgence. Il nomme pour quatre ans le directeur exécutif. Le Turc Fatih Birol, ancien économiste en chef de l'Agence, passé par le secrétariat de l'OPEP, la dirige depuis le 1er septembre 2015 ; il a été reconduit en 2018, puis pour un troisième mandat le 25 mars 2022. Le budget de fonctionnement était de 77,9 millions d'euros en 2024.
À retenir À ne pas confondre : l'AIE, à Paris, s'occupe de toutes les énergies ; l'AIEA, à Vienne, est l'Agence internationale de l'énergie atomique.
Une quinzaine de pays ont fondé l'AIE en 1974, dont les États-Unis, le Japon, l'Allemagne et le Royaume-Uni. Elle compte 32 membres en novembre 2026, tous dans l'OCDE, une condition d'entrée avec les 90 jours de stocks. Les derniers venus sont le Mexique (2018), la Lituanie (2022) et la Lettonie (2024). Le 19 février 2026, les ministres ont invité la Colombie à devenir le 33e membre ; elle figure encore parmi les six candidats, avec le Brésil, le Chili, le Costa Rica, Israël et la Roumanie.
Les grands pays émergents sont pays associés, sans obligation de stocks : 14 pays, dont la Chine et l'Indonésie depuis 2015, l'Inde depuis 2017 et le Nigeria depuis juillet 2026. Avec eux, la « famille » de l'AIE pèse plus de 80 % de la consommation mondiale d'énergie, contre 40 % en 2015. L'Inde a demandé à devenir membre en 2023, mais elle n'appartient pas à l'OCDE. La Chine, premier importateur de brut, a réduit ses importations de près de moitié pendant la crise de 2026, selon l'AIE.
Chaque membre qui importe du pétrole doit détenir des stocks d'urgence égaux à au moins 90 jours d'importations nettes de l'année précédente. Le calcul additionne le brut et les produits pétroliers, sans le naphta ni les carburants des navires, et retire 10 % pour le fond des cuves. Les stocks peuvent être tenus par l'État, par une agence ou par les compagnies ; les pays de l'Union européenne doivent en garder au moins un tiers en produits sortis des raffineries.
Les pays importateurs couvraient en moyenne 136 jours en juillet 2026 (les pays européens 129 jours), contre 141 jours fin février 2026, juste avant la sortie de stocks, et 157 jours en février 2022. Le Japon en tenait 178 jours ; l'Australie, à 50 jours, était déjà sous le seuil en 2025.
Les exportateurs nets (Canada, Mexique, Norvège et, dans les données de 2026, États-Unis) n'ont pas d'obligation. Les États-Unis gardent pourtant un stock fédéral, la réserve stratégique de pétrole, dont l'EIA publie le niveau chaque semaine : environ 415 millions de barils fin février 2026, puis, après les 172 millions de barils promis en mars, son plus bas niveau depuis le début des années 1980 en octobre 2026.
La France n'a pas attendu l'AIE : la loi impose des stocks de trois mois depuis 1928. L'obligation pèse sur les entreprises qui mettent des produits pétroliers sur le marché. Chacune en garde une partie elle-même (44 % ou 10 % de son obligation, selon les cas) et confie le reste au Comité professionnel des stocks stratégiques pétroliers (CPSSP), qui le fait tenir par la SAGESS, la société chargée du stockage. Particularité française, ces réserves vont du brut jusqu'aux produits finis.
Selon l'AIE, les stocks français couvraient 123 jours d'importations nettes en juillet 2026 : 87 jours de stocks publics ou d'agence, ceux du CPSSP, et 36 jours gardés par les compagnies. Ils couvraient 131 jours en février 2022 et 121 jours fin février 2026, avant la crise.
L'accord de 1974 prévoit un partage du pétrole entre membres s'ils perdent au moins 7 % de leurs approvisionnements, un mécanisme qui n'a jamais servi. Depuis 1984, l'AIE recourt à des mesures coordonnées, plus rapides : le secrétariat évalue la perte, consulte les compagnies et les producteurs, dont l'OPEP, puis recommande une action, et chaque pays contribue selon sa part de la consommation des membres. Ce n'est pas un outil pour peser sur les prix, rappelle l'AIE, mais une réponse à une rupture physique.
En 2026, quand les exportations par le détroit d'Ormuz sont tombées sous 10 % de leur niveau d'avant-guerre, les membres ont promis 426 millions de barils : 280 millions de stocks publics, 119 millions de baisse des obligations des compagnies et 27,5 millions de production en plus au Canada et au Mexique. Le détail des engagements par pays est sur la page des stocks de pétrole brut. Environ 330 millions étaient livrés au 15 octobre, et le reste doit sortir vite, gazole d'abord : son prix de gros a dépassé 200 dollars le baril en septembre et pèse sur les prix des carburants.
À retenir 400 millions de barils, c'est environ 20 jours du pétrole qui passait par Ormuz avant la guerre (20 millions de barils par jour en 2025).
Depuis 1983, l'AIE publie chaque mois son rapport sur le marché du pétrole (Oil Market Report) : offre, demande, stocks, raffinage et prix, avec des prévisions pour l'année en cours et la suivante. Il sort vers le milieu du mois, à 10 h, heure de Paris ; le rapport complet est payant, ses points clés sont gratuits. Ses chiffres nourrissent de nombreuses prévisions des cours du pétrole. Pour 2026, le rapport de février prévoyait une hausse de la demande mondiale de 850 000 barils par jour ; dès avril, la prévision est devenue une baisse, et celui du 14 octobre l'estime à 2,6 millions de barils par jour (Mb/j), à 102,4 Mb/j, avec une offre en recul de 5,8 Mb/j (voir la production de pétrole). L'AIE suit aussi le gaz et le gaz naturel liquéfié dans un rapport trimestriel.
Chaque année, le World Energy Outlook décrit l'avenir de l'énergie selon plusieurs scénarios. Dans l'édition de novembre 2025, avec les politiques en place, la demande de pétrole monte jusqu'à 113 Mb/j en 2050 ; avec les politiques annoncées, elle plafonne vers 2030 à 102 Mb/j. Le scénario zéro émission nette en 2050 vient de la feuille de route de mai 2021, où aucun nouveau champ de pétrole ou de gaz n'était approuvé au-delà des projets engagés. Le scénario des politiques en place n'avait plus été calculé depuis 2019 : Les Échos ont vu dans son retour une réponse aux pressions de l'administration Trump. En 2023, l'AIE annonçait un pic du charbon, du pétrole et du gaz avant 2030.
La France a d'abord refusé d'entrer à l'AIE : en 1974, Valéry Giscard d'Estaing préférait un dialogue entre pays producteurs et consommateurs. Elle a participé au plan d'urgence de la guerre du Golfe en janvier 1991 (126 000 barils par jour), puis elle est devenue membre le 7 août 1992. Paris accueille pourtant le siège depuis la création, rue de la Fédération depuis 1996, et un Français, Claude Mandil, a dirigé l'Agence de 2003 à 2007.
En mars 2026, la France s'est engagée à libérer 14,6 millions de barils, 3,4 % du total promis, sans que la forme de sa contribution soit publiée. Sa présidence du G7 a placé l'AIE au centre de la crise : les ministres de l'Énergie du G7 se sont réunis au siège de l'Agence le 10 mars 2026, sous la présidence de Roland Lescure, la veille de la décision des 400 millions de barils ; le 2 octobre, Emmanuel Macron a réuni les dirigeants du G7, avec Fatih Birol, pour accélérer les livraisons de gazole.
Avec l'OPEP, les relations restent tendues. En janvier 2018, le ministre saoudien Khalid al-Falih reprochait à l'AIE d'exagérer le poids du pétrole de schiste américain. En septembre 2023, l'OPEP a rejeté la prévision d'un pic des énergies fossiles avant 2030, jugée non fondée sur les faits. Pendant la crise de 2026, l'AIE compte pourtant sur le Golfe : en septembre, l'Arabie saoudite menait la hausse de 2,1 Mb/j de l'OPEP+.
À Washington, le sénateur John Barrasso a accusé l'AIE, en décembre 2024, d'avoir oublié pourquoi elle a été créée. En février 2026, le secrétaire à l'Énergie, Chris Wright, a menacé de quitter l'Agence si elle gardait son scénario zéro émission nette, qu'il a qualifié d'« irréaliste » selon Les Échos. La réunion ministérielle de février 2026 s'est achevée sur un simple résumé de la présidence, et non sur un communiqué commun comme en 2022 et 2024. Au 2 novembre 2026, les États-Unis restent membres : ils ont apporté 40 % des barils promis en mars, et Donald Trump a participé avec Fatih Birol au G7 du 2 octobre.
L'Agence internationale de l'énergie (AIE) réunit 32 pays et siège à Paris, auprès de l'OCDE. Créée en novembre 1974 après le premier choc pétrolier, elle coordonne les stocks d'urgence de pétrole de ses membres et publie statistiques et prévisions sur toutes les énergies. Elle n'a rien à voir avec l'AIEA, l'agence de l'énergie atomique, à Vienne.
32 pays de l'OCDE, dont la France, l'Allemagne, les États-Unis et le Japon. La Chine et l'Inde ne sont que pays associés, sans obligation de stocks ; l'Inde a demandé à devenir membre en 2023.
Une réserve de brut ou de produits pétroliers gardée pour faire face à une rupture d'approvisionnement. Chaque pays de l'AIE qui importe du pétrole doit en détenir au moins 90 jours d'importations nettes. L'AIE ne s'en sert pas pour peser sur les prix, mais pour répondre à une crise.
123 jours d'importations nettes en juillet 2026 selon l'AIE, contre 119 jours un an plus tôt, pour un minimum légal de 90 jours. L'essentiel est tenu par la SAGESS pour le compte du CPSSP, le reste par les compagnies pétrolières.
Des réserves de produits déjà raffinés, comme le gazole ou l'essence, livrables sans passer par une raffinerie. Les pays de l'Union européenne doivent garder au moins un tiers de leurs stocks sous cette forme. En octobre 2026, les stocks publics des membres de l'AIE comptaient plus de 200 millions de barils de gazole.
La réserve stratégique fédérale contenait 282,6 millions de barils au 23 octobre 2026, en baisse de 0,1 millions de barils sur la semaine, selon l'EIA. Exportateurs nets, les États-Unis n'ont pas d'obligation envers l'AIE, mais gardent ce stock d'État ; ils en ont promis 172 millions de barils en mars 2026.
Six fois : 1991 (guerre du Golfe), 2005 (ouragans Katrina et Rita), 2011 (Libye), deux fois en 2022 (Ukraine) et le 11 mars 2026, pendant la crise d'Ormuz, avec 400 millions de barils, la plus grande action de son histoire.
Dans son rapport du 14 octobre 2026, elle prévoit une baisse de 2,6 Mb/j de la demande mondiale en 2026, à 102,4 millions de barils par jour, puis une reprise de 2 Mb/j en 2027. En février, avant la guerre, elle attendait une hausse de 850 000 barils par jour. La prévision est revue chaque mois.
Elle conteste les prévisions d'un pic de la demande de pétrole avant 2030 et le scénario zéro émission nette de 2021, sans nouveaux champs pétroliers. En septembre 2023, elle a jugé ces prévisions non fondées sur les faits. En crise, l'AIE consulte pourtant l'OPEP sur ses capacités de production.
En février 2026, le secrétaire à l'Énergie, Chris Wright, a menacé de le faire si l'AIE gardait son scénario zéro émission nette. Au 2 novembre 2026, les États-Unis restent membres et ont apporté 40 % des barils promis en mars 2026.
Mis à jour le 3 novembre 2026 à 3 h 00
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