Le diesel flambe sous la pression d'Ormuz et des raffineries russes
Carburants: La reprise des hostilités entre l'Iran et les États-Unis depuis la fin août, avec des frappes américaines et iraniennes contre des pétroliers, pèse directement sur les flux passant par le détroit d'Ormuz.Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, a chiffré sur France Inter le surcoût d'entrée et de sortie d'un pétrolier dans cette zone à "en gros 10 dollars du baril".
Le dirigeant distingue le transport du brut de celui des carburants finis. "Il se trouve qu'on peut le faire avec du pétrole, on absorbe les 10 dollars. On ne peut pas le faire pour de l'essence, du diesel, parce que les bateaux qui transportent de l'essence ou du diesel sont plus petits et ne supportent pas les surcoûts pour entrer et sortir du détroit", a-t-il expliqué, en reliant cette contrainte au "manque de produits pétroliers venant des raffineries du Moyen-Orient".
Patrick Pouyanné avait évalué fin août à environ 3 millions de barils par jour les produits raffinés retirés du marché lors d'un forum mondial sur l'énergie en Norvège. L'Agence internationale de l'énergie relevait au même moment que la région du Golfe constitue une zone majeure d'exportation de produits raffinés, notamment le diesel et le carburant pour avions.
Le moratoire russe sur les exportations de diesel, décidé fin juillet puis prolongé, ajoute une contrainte d'offre sur un marché déjà tendu. La Russie exporte habituellement près de 800 000 barils par jour de diesel ou d'essence, soit environ 10% de l'offre disponible selon les données citées par les acteurs du marché.
Cette restriction contribue à la hausse du gallon de diesel aux États-Unis, qui atteignait jeudi 5,977 dollars pour 3,78 litres. En France, le gazole se situait à 2,297 euros par litre jeudi, tout près du seuil de 2,30 euros déjà dépassé en avril, d'après un calcul réalisé à partir des données gouvernementales.
Selon le Service des données et études statistiques, le gazole routier s'établissait en moyenne à 1,62 euro par litre TTC en France en 2025, avant le rebond des prix pétroliers observé début 2026. La hausse actuelle s'inscrit donc dans un écart très marqué avec la moyenne annuelle précédente des prix des carburants.
Les attaques ukrainiennes récentes contre les raffineries russes ont aussi réduit la production de produits raffinés dans cette région. Patrick Pouyanné y voit un effet de cumul : "C'est le cumul, on avait pas vu venir le détroit d'Ormuz plus l'efficacité des Ukrainiens" qui, dans leur guerre contre la Russie, sont "très efficaces pour détruire ou abîmer le système de raffinage russe".
Neil Hansen, directeur financier d'ExxonMobil, a également relié mercredi la hausse des prix aux tensions simultanées au Moyen-Orient et entre l'Ukraine et la Russie. Selon lui, ces facteurs se traduisent par des "marges de raffinage nettement plus élevées", alors que l'Asie a besoin de brut pour alimenter ses propres unités de transformation.
Francis Pousse, président de la branche stations-service de Mobilians, résume le déséquilibre par un arbitrage des producteurs du Golfe : "Ils préfèrent sortir du brut que du raffiné". Dominique Schelcher, patron de Coopérative U, souligne de son côté la baisse des capacités de raffinage et la perturbation des routes maritimes, avec des assurances devenues plus coûteuses pour les navires.
Les rebelles Houthis du Yémen ont annoncé un blocus maritime de l'Arabie saoudite, premier exportateur mondial de brut. Ils ont visé des navires pétroliers saoudiens ainsi que des infrastructures sur le territoire du royaume, dont une raffinerie.
Pour Andy Lipow, analyste de Lipow Oil Associates, l'écart de prix sur les produits raffinés ne tient "pas seulement à la fermeture du détroit". Il relève aussi que des raffineries situées dans le Golfe et en mer Rouge ont subi des dommages après des attaques de missiles dans la région.
Entre les perturbations au Moyen-Orient et les frappes contre les installations russes, Andy Lipow estime que "six à sept millions de barils par jour de capacité de raffinage ont été endommagées".
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