Ryad affronte une pression croissante sur ses exportations pétrolières maritimes
Ryad: L’Arabie saoudite, premier exportateur mondial de brut, se retrouve exposée sur plusieurs fronts à la fois.Les rebelles houthis du Yémen, soutenus par l’Iran, ont annoncé un "blocus" visant les navires saoudiens en mer Rouge, tandis que Ryad accuse des milices pro-iraniennes en Irak de s’en prendre à ses installations énergétiques.
Le royaume avait appelé à préserver les relations diplomatiques avec Téhéran, mais la pression militaire s’est accrue autour de ses infrastructures pétrolières et de ses débouchés maritimes. Mercredi 29 juillet, des frappes menées conjointement par l’Arabie saoudite et les États-Unis en Irak ont fait 20 morts, selon la coalition d’anciens groupes paramilitaires visée.
Le détroit d’Ormuz, déjà verrouillé par l’Iran selon les éléments disponibles, réduit fortement les marges de manœuvre régionales. En 2025, environ 20 millions de barils par jour de brut et de produits pétroliers ont transité par le détroit d’Ormuz, selon l’Agence internationale de l’énergie.
Les Houthis cherchent à limiter l’accès saoudien à la mer Rouge en ciblant des pétroliers et en menaçant les navires liés au royaume. Ce corridor est devenu d’autant plus important pour Ryad que les exportations par le Golfe sont entravées par la fermeture d’Ormuz.
"Les Houthis ciblent les infrastructures d'export de l'Arabie saoudite" et "les milices irakiennes les installations pétrolières directement sur le territoire. L'effet combiné de ces attaques est de paralyser simultanément tous les couloirs d'exportation saoudiens encore opérationnels", estime Hesham Alghannam, expert saoudien en sécurité. Selon lui, "le choix de ces proxys sur ces deux théâtres a été mûrement réfléchi".
Les flux de pétrole saoudien et de produits associés via la mer Rouge ont atteint 4,7 millions de barils par jour entre mars et juin 2026, contre 1,6 million sur la même période de l’année précédente, selon l’analyste maritime Niels Rasmussen, de Bimco, cité par The National. Cette hausse illustre la dépendance accrue de Ryad aux débouchés occidentaux lorsque les routes du Golfe sont contraintes.
L’Iran avait déjà conduit au printemps des frappes destructrices contre des raffineries, des unités pétrochimiques et des centrales électriques saoudiennes. Les médias officiels du royaume avaient alors fait état d’atteintes à des "installations-clés", avec un impact sur les capacités de production pétrolière.
Pour Danny Citrinowicz, chercheur spécialiste de l’Iran à l’Institut israélien d’études sur la sécurité nationale, "l'Arabie saoudite est consciente qu'être aspirée dans une guerre d'usure prolongée contre l'Iran" et ses alliés armés "ne sert pas ses intérêts à long terme". Il souligne aussi que, pour les monarchies du Golfe, la stabilité régionale conditionne les investissements, les échanges et la continuité des approvisionnements énergétiques.
Ali Shihabi, analyste proche du gouvernement saoudien, juge toutefois que "la retenue a ses limites". Selon lui, "le royaume a les moyens d'imposer une sévère punition aux Houthis et aux milices irakiennes", et cette "retenue" ne doit pas être interprétée comme une faiblesse.
Les attaques répétées contre l’Arabie saoudite et ses voisins affectent la réputation de prévisibilité qui soutient leurs stratégies de diversification, d’attraction des capitaux et de développement touristique. Ryad doit concilier protection de ses infrastructures, maintien de ses exportations et limitation d’un engrenage militaire avec l’Iran et ses relais régionaux.
Le gouvernement yéménite soutenu par Ryad a accusé mercredi les Houthis de vouloir imposer des droits de passage en mer Rouge, à l’image de ce que ferait l’Iran dans le détroit d’Ormuz. Le ministre yéménite de l’Information Mouammar al-Iryani a dénoncé une "dangereuse escalade visant à transformer" ce corridor maritime "en source permanente de financement pour les activités militaires et terroristes" houthies.
Avec ou sans péage, les analystes considèrent que le mouvement yéménite cherche à démontrer sa capacité à perturber une voie navigable stratégique. H.A. Hellyer, analyste au Royal United Services Institute de Londres, y voit "en soi un avertissement", soit "un aperçu de ce que les acteurs proches de l'Iran situés en périphérie de l'Arabie saoudite peuvent mettre en oeuvre".









