Le gazole repasse au-dessus de 2 euros et relance le débat fiscal
Carburants: Le député socialiste Philippe Brun a qualifié mercredi d’« échec total » le dispositif public mis en place après la flambée des carburants liée à la guerre dans le Golfe, en commentant les conclusions d’une mission flash de l’Assemblée nationale consacrée à la taxation des carburants et au rendement fiscal de la hausse des prix.Selon lui, « seulement 24% des Français qui pouvaient y prétendre ont eu recours » à l’aide de 100 euros destinée aux gros rouleurs, décidée par le gouvernement au printemps. Le député estime que l’exécutif a « arrosé du sable », alors que d’autres options étaient possibles, notamment celles retenues par le gouvernement espagnol de Pedro Sanchez.
Le guichet gouvernemental pour les travailleurs « grands rouleurs » vise près de trois millions de travailleurs modestes utilisant un véhicule personnel à des fins professionnelles, selon le ministère de l’Économie. L’aide de 100 euros couvre la période avril-août et concerne les personnes parcourant plus de 30 km aller-retour entre domicile et travail ou plus de 8 000 km par an dans ce cadre, avec un guichet ouvert du 27 mai au 31 juillet 2026.
La proposition centrale du député consiste à instaurer en France une fiscalité « flottante » sur les carburants. Le mécanisme ferait diminuer automatiquement les taxes lorsque les prix à la pompe montent, puis les ferait remonter lorsque les prix reculent.
Philippe Brun présente cette option comme une « mesure d’urgence » inspirée de l’Espagne, qui permettrait selon lui « d’éviter une flambée des prix » tout en étant « neutre fiscalement pour l’État ». Il chiffre le manque à gagner espagnol à 80 millions d’euros pour la TVA et à « environ 300 millions d’euros pour les baisses de taxes spécifiques sur les carburants ».
Dans son rapport, le député évalue à 320 millions d’euros le coût potentiel de l’aide française aux gros rouleurs si l’ensemble des personnes éligibles la demandaient. Ce coût serait compris « entre 70 et 80 millions d’euros » si le taux de recours restait inférieur à 25%.
La ministre déléguée à l’Énergie et porte-parole du gouvernement Maud Bregeon a défendu mercredi sur BFM TV/RMC les modalités retenues par l’exécutif. Elle a indiqué que 1,1 million de personnes, soit « un peu moins de 40% de ceux qui étaient éligibles », avaient touché l’aide, un chiffre supérieur à celui avancé par Philippe Brun, qui distingue les demandes déposées et les aides effectivement perçues.
Maud Bregeon a contesté la transposition directe du modèle espagnol en mettant en avant l’écart de situation budgétaire entre les deux pays. « Si l’Espagne aujourd’hui a un déficit » permettant de financer ces aides, c’est parce qu’elle « a su faire des réformes », notamment « des retraites », a-t-elle déclaré.
Le débat intervient alors que les finances publiques françaises restent contraintes. Le déficit public de la France s’est établi à 152,5 milliards d’euros en 2025, soit 5,1% du PIB, et la dette publique a atteint 115,6% du PIB, selon l’Insee dans sa notification de mars 2026.
L’Espagne a annoncé de son côté un déficit public de 2,2% du PIB pour 2025, selon les données présentées le 31 mars 2026 par le gouvernement espagnol avant transmission à Eurostat. Cet écart nourrit l’argument du gouvernement français contre une baisse généralisée et automatique des prélèvements sur les prix des carburants.
La hausse des prix redonne une portée immédiate au débat. En France, le gazole, carburant le plus consommé, a franchi mercredi le seuil de 2 euros par litre pour la première fois depuis le 15 juin, selon les données gouvernementales collectées et analysées par l’AFP.
À 11H00, le litre de gazole s’établissait en moyenne à 2,003 euros dans 9 535 stations-service, en hausse de 4,4% sur une semaine. Le SP98 valait 2,023 euros le litre et était repassé au-dessus de 2 euros le 30 juin, tandis que le SP95-E10, essence la plus consommée, atteignait 1,944 euro le litre en moyenne dans 7 304 stations, soit une progression de 1,6% sur sept jours.
Ces moyennes ne couvrent pas la Corse ni les départements et régions d’outre-mer. Les stations-service françaises sont tenues depuis 2006 de transmettre leurs prix au site gouvernemental dédié, dont les données ouvertes permettent un suivi très rapproché des évolutions à la pompe.
La tension actuelle vient aussi du marché international. Les cours du pétrole évoluaient mercredi autour de 80 dollars après avoir atteint mardi leurs plus hauts niveaux depuis la mi-juin, dans un contexte marqué par les tensions entre les États-Unis et l’Iran dans le Golfe et par les attaques ukrainiennes visant des raffineries russes.
La Russie a annoncé le 8 juillet l’interdiction de ses exportations de gazole après des frappes ukrainiennes contre ses infrastructures de raffinage. Cette décision a réduit les volumes disponibles sur le marché mondial du gazole, un produit particulièrement suivi en Europe en raison du poids du diesel dans le parc automobile et dans le transport routier.


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