Marché des hydrocarbures nerveux après des frappes sur des infrastructures clés
Cours de clôture: L'attaque du plus important site de gaz naturel liquéfié (GNL) du monde, au Qatar, ainsi que de nouvelles raffineries au Moyen-Orient ont secoué les marchés du gaz et du pétrole jeudi, et encore accru les craintes que les perturbations ne s'éternisent.Pris pour cible à plusieurs reprises par l'Iran depuis le début de la guerre, le site de Ras Laffan a subi des "dégâts considérables" après des vagues de frappes successives ayant déclenché "d'importants incendies", tous maîtrisés depuis, selon la société publique QatarEnergy.
Ces attaques "modifient en profondeur les perspectives du marché mondial du gaz", relève une analyse du cabinet Wood Mackenzie. Les premières prévisions qui attendaient "une perturbation de deux mois, devraient désormais être surpassées".
Les répercussions seront "majeures" pour "les approvisionnements énergétiques mondiaux", a prévenu jeudi le Premier ministre du Qatar.
L'annonce de ces frappes a propulsé de 35% en début de séance le cours du TTF néerlandais, référence européenne du gaz, à des niveaux jamais vus depuis janvier 2023, après l'invasion de l'Ukraine par la Russie en février 2022.
L'envolée s'est calmée en fin de journée, et le mégawattheure de gaz s'est finalement renchéri de 13,15% à 61,85 euros.
Si "une évaluation plus approfondie sera nécessaire pour comprendre l'ampleur totale de l'impact", Wood Mackenzie rappelle que le marché a perdu "près de 19% de l'offre mondiale de GNL" avec la mise à l'arrêt de la production qatarie au début du mois.
Les acheteurs asiatiques sont ceux qui sont le plus exposés, avec notamment le Bangladesh, l'Inde et Taiwan en première ligne, mais ce niveau de prix devrait aussi réduire les injections dans les stocks en Europe, selon le cabinet.
"Cela inquiétera fortement les ménages, dont beaucoup remboursent encore des dettes contractées lors de la dernière crise du gaz, lorsque la Russie a envahi l'Ukraine", affirme Jess Ralston, du groupe de réflexion Energy and Climate Intelligence Unit (ECIU).
Les consommateurs voient aussi les prix à la pompe gonfler de jour en jour avec l'envolée des cours du brut.
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Jeudi, au terme d'une séance particulièrement volatile, le baril de Brent, référence internationale pour le pétrole, a encore gagné 1,18% à 108,65 dollars.
Son équivalent américain, le baril de WTI, a perdu 0,19% à 96,14 dollars, après avoir brièvement dépassé en séance le seuil symbolique des 100 dollars.
Les cours sont plus de 30 dollars plus chers qu'avant le conflit.
Ces mouvements "suggèrent que les marchés commencent peut-être à prendre conscience qu'une crise énergétique prolongée est désormais le scénario le plus probable", selon Stuart Clark, chez Quilter.
"Tant que la navigation dans le détroit d'Ormuz est bloquée, les prix vont continuer d'être réévalués à la hausse", prévient auprès de l'AFP John Kilduff, d'Again Capital.
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"La guerre est désormais clairement entrée dans une phase où les infrastructures énergétiques sont directement prises pour cible", ce qui annonce une pression à la hausse des prix dans les jours à venir, affirme pour sa part Arne Lohmann Rasmussen, analyste chez Global Risk Management.
Deux raffineries au Koweït ont été ciblées par des drones, ainsi qu'une raffinerie saoudienne à Yanbu, sur la mer Rouge et une autre en Israël.
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Les frappes iraniennes sur Ras Laffan répondaient de leur côté à celles menées par Israël mercredi contre le gisement offshore iranien de South Pars, qui fournit environ 70% du gaz naturel consommé en Iran.
Israël a "agi seul" dans ce bombardement, a assuré le Premier ministre Benjamin Netanyahu.
Son allié dans cette guerre Donald Trump a menacé de détruire "l'intégralité du gisement" de South Pars si l'Iran poursuit ses frappes au Qatar.
Washington soupèse aussi la possibilité de lever les sanctions sur le pétrole iranien stocké en mer afin de soulager le marché.
Une stratégie qui pourrait être "une tactique de négociation visant à rallier les Chinois" dans la lutte pour la réouverture du détroit d'Ormuz, où transitent habituellement 20% du pétrole et gaz mondiaux, selon James Knightley, économiste chez ING.
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