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Les hydrocarbures s'envolent après des attaques contre des sites énergétiques

Pétrole au QatarQatar: Le prix du pétrole monte en flèche jeudi, sous le poids des frappes incessantes sur les infrastructures de production des hydrocarbures du Golfe, aggravant les craintes d'une crise économique après bientôt trois semaines de guerre.

Le conflit, déclenché par les frappes israélo-américaines sur l'Iran fin février, a franchi une étape en visant massivement des sites de production, en plus du stockage et du transport du pétrole et du gaz.

A la mi-journée, le baril de BrentBRENT Le Brent ou brut de mer du nord, est une variation de pétrole brut faisant office de référence en Europe, coté sur l'InterContinentalExchange (ICE), place boursière spécialisée dans le négoce de l'énergie. Il est devenu le premier standard international pour la fixation des prix du pétrole. de la mer du Nord prenait près de 7%, après avoir grimpé de plus de 10%. Le gaz européen s'est littéralement envolé (jusqu'à +35%) tandis que les Bourses européennes évoluaient en net repli, perdant plus de 2%.

Dans la nuit, le Qatar a fait état d'une attaque iranienne sur Ras Laffan, son premier site de production de gaz naturel liquéfié (GNL), et de "dommages considérables".

Deux raffineries au Koweït ont par ailleurs été ciblées par des drones, selon les autorités de l'émirat. Tout comme une raffinerie saoudienne dans la zone industrielle de Yanbu, sur les rives de la mer Rouge.

Un baril à 120 dollars?

Ces attaques répondent à celles, la veille, contre le site de South Pars/North Dome, la plus grande réserve de gaz connue au monde, partagée par Téhéran et Doha.

Le président américain a confirmé sur sa plateforme Truth Social qu'Israël, "sous le coup de la colère", était à l'origine de cette frappe contre la partie iranienne de ce site gazier offshore du Golfe. Il a assuré que Washington n'en savait rien.

"Plus aucune attaque ne sera menée par Israël", a ajouté Donald Trump, tout en menaçant de détruire "massivement l'intégralité du gisement" si Téhéran continuait ses attaques.

Marchés et chancelleries observent avec angoisse les menaces se succéder aux frappes.

Si d'autres infrastructures sont visées, le baril "dépassera probablement 120 dollars dans l'immédiat, avec un potentiel de hausse supplémentaire", estime Aditya Saraswat, analyste chez Rystad Energy.

Le président français Emmanuel Macron a dénoncé pour sa part une "escalade inconsidérée", appelant de ses voeux des discussions "directes" entre Américains et Iraniens sur cette question.

Le Premier ministre britannique Keir Starmer a de son côté condamné "avec la plus grande fermeté" les frappes iraniennes, jugeant sur son compte X que "mettre fin à la guerre (était) le moyen le plus rapide de réduire le coût de la vie".

La flambée des prix de l'énergie dominera la réunion de la Banque centrale européenne (BCE), comme la veille celle de la Réserve fédérale américaine (Fed).

Pas d'effondrement" du pouvoir iranien

Au 20e jour de la guerre, l'Iran démontre conserver une importante capacité de frappes, en dépit des attaques israélo-américaines sur ses infrastructures militaires et politiques.

"Le régime iranien est intact", a assuré la cheffe des services de renseignement américains, Tulsi Gabbard, devant le Congrès américain. Mais il est "fortement affaibli en raison des attaques visant ses dirigeants et ses capacités militaires".

Le ministre américain de la Défense Pete Hegseth a admis que les Etats-Unis n'avaient pas de "calendrier défini" ni de "délai fixé" pour la fin des opérations militaires.

"Le conflit dérive vers une guerre d'usure - sans signe clair d'un effondrement du régime en Iran", analyse sur X Dennis Citrinowicz, expert à l'Institut national des études de sécurité de Tel-Aviv.

Téhéran "a une nouvelle fois démontré qu'il n'hésiterait pas à accroître le niveau d'escalade pour défendre ses atouts stratégiques - sans reculer le moins du monde sur la question du détroit d'Ormuz".

Un cinquième du pétrole et du gaz mondiaux circule d'ordinaire par le précieux passage, de facto bloqué par l'Iran et dans lequel des navires sont régulièrement visés.

Réunie en urgence à Londres, l'Organisation maritime internationale (OMI) souhaite un couloir sécurisé pour évacuer les bateaux bloqués. Selon elle, 20.000 marins patientent actuellement à bord de 3.200 bateaux près du détroit.

En attendant, les effets de la guerre se font déjà sentir dans le quotidien. Le Sri Lanka a décrété la semaine de quatre jours, sauf services essentiels, pour préserver ses maigres réserves de carburant.

A Lagos, le prix de l'essence a récemment grimpé à un niveau record, pendant que les tarifs des transports publics bondissaient.

En France, Jérôme Nicol, responsable d'une association de pêche artisanale, a expliqué à l'AFP qu'un diesel à un euro le litre l'obligerait à laisser ses équipages à quai. "Pour des bateaux qui consomment plus d'une tonne de carburant par jour, cela représente plusieurs centaines d'euros de plus".

Nouvel an persan

Dans le Golfe, les monarchies haussent le ton. Le Qatar a déploré que les attaques "aient franchi toutes les lignes rouges". Et l'Arabie saoudite se "réserve le droit" désormais de répliquer militairement.

Mais dans la capitale iranienne, rien ou presque ne suggérait un pays enlisé dans la guerre.

A la veille de Norouz, le Nouvel An persan habituellement célébré avec faste, le centre-ville était comme à l'accoutumée envahi par les embouteillages et les vendeurs de rue.

Seule la présence des forces de sécurité était plus importante que d'ordinaire, avec des hommes lourdement armés sur certains grands axes et un nombre accru de véhicules blindés.

Malgré la mort sous des frappes israéliennes de plusieurs hauts dignitaires, la République islamique conserve une main de fer sur la situation intérieure.

L'Iran a annoncé l'exécution de trois "émeutiers" pour meurtre de membres des forces de l'ordre et collaboration avec Israël et les Etats-Unis.

Il s'agit des premières exécutions officielles en lien avec les manifestations contre la vie chère, fin décembre, rapidement converties en un vaste mouvement de contestation politique.



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