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La guerre des prix du pétrole, pari risqué de l'Arabie saoudite

prix du petroleRyad: L'Arabie saoudite a fait plonger les marchés mondiaux en réduisant drastiquement les prix de son pétrole, une guerre des prix risquée pour le prince héritier Mohammed ben Salmane, dans un contexte de baisse de la demande liée à l'épidémie du nouveau coronavirus.
Cette bataille pourrait également constituer une menace existentielle pour cette puissance du Golfe, car elle coïncide avec une purge royale dans laquelle le frère et le neveu du roi Salmane ont été arrêtés.

Quelles sont les raisons et les conséquences de cette guerre des prix déclenchée par Ryad ?

Quel élément déclencheur ?


La semaine dernière, l'Arabie saoudite, chef de file de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), a de nouveau fait pression pour réduire la production de brut afin de compenser la baisse de la demande mondiale en raison de l'épidémie du nouveau coronavirus.

Mais la Russie, deuxième producteur mondial après Ryad et partenaire de l'Opep sur ce dossier, s'y est opposée.

En réaction, l'Arabie saoudite a procédé à des baisses de ses prix les plus fortes depuis 20 ans, s'efforçant de s'approprier des parts de marché de Moscou et déclenchant des troubles sur les marchés financiers.

"Ce que fait l'Arabie saoudite pourraient être une tactique de négociation destinée à ramener la Russie à la table, mais il est peu probable que le marché soit optimiste à court terme", analyse la banque d'investissement Berenberg dans une note.


Quelles retombées économiques ?


Selon les analystes, l'effondrement des prix aura des conséquences importantes, allant de l'érosion des revenus des économies dépendantes de l'énergie à la déflation mondiale en passant par un ralentissement des projets d'exploration pétrolière.

Mais il pourrait être particulièrement dévastateur pour les pays du Golfe, qui représentent un cinquième de l'approvisionnement mondial en brut et où les revenus pétroliers comptent pour 70 à 90% des recettes publiques.

En 2014, une guerre des prix avait fait chuter le prix du pétrole à moins de 30 dollars le baril. Frappés de plein fouet, les pays du Golfe avaient dû adopter des mesures d'austérité pour combler leur déficit budgétaire.

Dimanche et lundi, les Bourses du Golfe ont plongé. Celle de Ryad, la plus importante de la région, a clôturé en baisse de 7,8% lundi, dans le sillage des Bourses asiatiques. Les places européennes et américaines leur ont emboîté le pas.

La position saoudienne pourrait également mettre dans l'embarras son allié américain, qui a besoin de cours solides pour rentabiliser son extraction de pétrole de schiste et concurrencer ainsi les acteurs plus importants tels que l'Arabie saoudite et la Russie.


Quel impact sur MBS ?


Le krach pétrolier pourrait compromettre les ambitieuses réformes économiques du prince héritier Mohammed ben Salmane, surnommé "MBS", financées par l'argent de l'or noir et précisément destinées à faire sortir l'économie du pays de sa dépendance à cette ressource.

L'effondrement des prix du pétrole coïncide par ailleurs avec une purge royale qui a eu lieu la semaine dernière. Les princes Ahmed ben Abdelaziz al-Saoud et Mohammed ben Nayef, respectivement frère et neveu du roi Salmane, ont été arrêtés pour, selon plusieurs sources, avoir fomenté un coup d'Etat contre MBS.

Selon une autre source proche de la cour royale, ces détentions constituent surtout un "message" pour étouffer toute opposition au prince héritier avant son intronisation.

Mais "la menace qui pèse sur le prince Mohammed ne vient pas de ses rivaux royaux mais de l'effondrement des revenus du pétrole et, avec eux, ses plans économiques ambitieux", estime Kristin Diwan, chercheuse à l'Arab Gulf States Institute, à Washington


Qui gagnera la bataille ?


L'affrontement entre Ryad et Moscou, et les autres producteurs de pétrole, sera remporté par le pays le plus apte à résister aux dégâts.

L'Arabie saoudite détient d'importantes réserves et extrait son brut à des coûts défiant toute concurrence --seulement 2,80 dollars le baril-- ce qui lui assure des marges confortables.

Mais avec son économie plus diversifiée, la Russie est un rival redoutable. "Il est peu probable que Moscou cède en premier, certainement pas avant trois à six mois", selon Chris Weafer du cabinet de conseil Macro Advisory.

"La Russie est dans une bien meilleure position financière pour supporter une guerre des prix du pétrole. Les réserves financières de la Russie sont supérieures de 80 milliards de dollars à celles de l'Arabie saoudite", souligne-t-il.

Mais la position de Moscou changerait probablement si le prix du brut tombait en dessous de 25 dollars le baril pendant une période prolongée, ajoute M. Weafer.


(c) Afp

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