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Rosneft privatisé: bonne nouvelle pour la Bourse, symbole pour le Kremlin

prix du petrole MoscouMoscou: Les investisseurs ont applaudi jeudi la vente par l'Etat russe de 19,5% du capital du géant pétrolier Rosneft au Qatar et au négociant en matières premières Glencore, présentée par le Kremlin comme une preuve de l'attractivité de la Russie malgré les sanctions et la crise.
Cette opération de plus de dix milliards d'euros, la plus grosse fusion-acquisition dans le secteur énergétique cette année, a été accueillie par un bond de 5,5% de l'action Rosneft à la Bourse de Moscou.

L'entreprise est ainsi valorisée à environ 58 milliards d'euros au taux actuel, confirmant son statut acquis récemment de première capitalisation boursière en Russie.

Cette privatisation partielle annoncée mercredi soir par le Kremlin va permettre au gouvernement russe de réduire in extremis son déficit budgétaire de cette année, tout en gardant un peu plus de 50% du groupe. Elle était attendue mais l'identité des acheteurs a constitué une surprise tant l'opération était difficile, par sa valeur, le caractère stratégique de l'entreprise et le fait qu'elle soit visée par des sanctions américaines à cause de la crise ukrainienne.

Certains investisseurs s'inquiétaient que Rosneft doive racheter lui-même ses actions pour soutenir le budget pour boucler la transaction rapidement avant la fin 2016, a commenté dans une note de recherche Igor Kouzmine, de la banque Morgan Stanley. Cela aurait pu fragiliser les comptes de Rosneft et créer une incertitude concernant le moment où le groupe aurait pu revendre cette grosse participation.

Reçu par Vladimir Poutine devant les caméras, l'influent patron de Rosneft Igor Setchine a souligné que le prix obtenu représentait le maximum possible avec une remise minimale, de 5% sur le cours du 6 décembre.

Selon M. Setchine, Glencore et le Qatar seront présents à égalité dans le consortium et l'opération sera financée en partie par ses propres fonds et un crédit accordé par une grosse banque européenne.

Il a indiqué avoir négocié cette opération avec plus de 30 entreprises, fonds, investisseurs institutionnels, instituts financiers des pays d'Europe, d'Amérique, du Proche-Orient, de la région Asie-Pacifique. Il a également salué l'implication personnelle de Vladimir Poutine dans cette affaire.


- Washington analyse

Jeudi, le porte-parole de la présidence, Dmitri Peskov, a cependant rejeté toute dimension politique à l'accord obtenu: La transaction est purement commerciale.

Une fois de plus, nous avons constaté que les actifs russes (...) présentent un grand intérêt pour les investisseurs à la fois dans notre pays comme à l'étranger, a-t-il souligné.

Le Kremlin ne cesse de répéter que la Russie reste un marché attractif malgré les sanctions dues à la crise ukrainienne. La privatisation de Rosneft constitue d'autant plus un symbole de sa capacité à briser l'isolement voulu par les Occidentaux que le groupe apparaît nommément dans la liste noire américaine.

Je ne pense pas que cela ouvre la voie à d'autres (rachats d'actifs russes par des investisseurs étrangers, ndlr): Rosneft était le principal attrait, il ne reste plus d'actifs aussi alléchants à privatiser, a relativisé Alexeï Panine, expert de la société de conseil Urus Advisory, à l'AFP.

Un responsable du département d'Etat chargé des questions énergétiques, Amos Hochstein, a assuré sur Bloomberg TV que Washington allait analyser le financement de la vente : S'il y a violation, cela sera géré de manière offensive.

Ce n'est clairement pas ce que nous espérions quand nous avons introduit les sanctions contre Moscou mais dans le même temps on peut le voir comme un signe que les sanctions fonctionnent, a estimé M. Hochstein.

Ils admettent qu'ils ont besoin d'argent et qu'ils doivent vendre 20% de leur principale source de revenus pour le budget, a-t-il estimé.

La privatisation, après celle du producteur pétrolier Bachneft racheté par Rosneft récemment, devrait contenir le déficit budgétaire autour de 3,5% du PIB cette année. Pour l'année prochaine, le gouvernement prévoit d'importantes coupes de dépenses pour maintenir le déficit à 3,2%.

(c) AFP

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