Les stocks stratégiques de pétrole, levier majeur pour amortir les crises
Paris: Les pays du G7 vont prélever sur leurs stocks stratégiques "jusqu'à 100 millions de barils" de gazole et pétrole brut "dans les quatre mois", et ne limiteront par les exportations en la matière, a annoncé vendredi Emmanuel Macron.Donald Trump réclamait depuis plusieurs jours aux États européens de libérer davantage de gazole, en agitant la menace d'interdire les exportations de gazole américain, dont dépendent beaucoup les marchés européens.
Éclairage sur les stocks stratégiques de pétrole et la manière dont ils sont mobilisés :
La planète consomme chaque jour environ 100 millions de barils d'or noir, utilisés dans les transports et l'industrie plastique, notamment.
Les États, surtout ceux qui ne produisent pas de pétrole, s'efforcent de se constituer un coussin de sécurité pour "atténuer les impacts économiques négatifs" de pénuries ou de perturbations de l'approvisionnement, explique l'Agence internationale de l'énergie (AIE).
Le déstockage peut permettre de rassurer les marchés et de faire baisser les prix du brut.
L'Agence internationale de l'énergie, créée en 1974 après le choc pétrolier, a pour mission fondatrice d'assurer la sécurité énergétique.
Elle compte 32 pays membres, dont l'Allemagne, la France, l'Australie, l'Autriche, la Belgique, le Canada, l'Italie, le Japon, le Mexique, la Turquie et les États-Unis.
Chacun a "l'obligation de détenir des stocks de pétrole équivalents à au moins 90 jours d'importations nettes" et ce, sous forme de réserves prévues uniquement pour les situations d'urgence, de stocks commerciaux mobilisables par l'État, ou conservés dans d'autres pays via des accords.
En mars dernier, l'AIE avait décidé d'un déstockage historique de 400 millions de barils de pétrole des réserves stratégiques, avec l'espoir d'atténuer les conséquences de la guerre au Moyen Orient. C'était le sixième de l'histoire de l'AIE , et le plus important jamais décidé.
Au 21 juillet, 290 millions de ces barils avaient été libérés, selon l'AIE .
"Le G7 demande à l'AIE de veiller à la mise en oeuvre immédiate et intégrale des engagements pris en mars 2026", ont indiqué les membres du groupe dans un communiqué vendredi, sans davantage de précisions sur un reste potentiel des engagements de mars.
L'obligation de détention de stocks de l'AIE ne précise pas si ces stocks doivent être détenus sous forme de pétrole brut ou raffiné (gazole ou fioul par exemple).
"Le choix le plus approprié dépendra des facteurs propres à chaque pays", indique l'AIE . Elle précise que des pays avec une grosse industrie de raffinage sont plus susceptibles de conserver le pétrole brut, qui "permet plus de flexibilité".
Mais même pour ces pays, il est "judicieux" de conserver au moins une partie des stocks d'urgence sous forme raffinée, malgré les "coûts plus élevés", ajoute l'AIE .
Pour les membres de l'AIE et de l'UE, il y a cependant obligation qu'un tiers des stocks soit "détenu sous forme de produits raffinés spécifiques".
En 2024, selon un document de la Société anonyme de gestion des stocks de sécurité (SAGESS), qui possède environ deux tiers des stocks physiques français, 30,6% des réserves étaient du pétrole brut et 49,8% du gazole. Le reste était de l'essence (9,1%), du carburéacteur pour moteurs d'avion (7,8%) et du fioul domestique (2,7%).
Ni la SAGESS ni le ministère de l'Énergie n'ont répondu aux sollicitations de l'AFP pour actualiser ces chiffres.
"Une fois qu'il a été convenu de la nécessité d'une action collective de l'AIE , chaque pays membre contribue en proportion du poids qu'il représente dans la consommation pétrolière totale des membres de l'organisation", explique l'AIE .
Les aspects concrets - combien, quels produits, à quel rythme - sont à la main des États.
En France, il est possible de déstocker dans les 24 heures, a indiqué en avril à l'Assemblée nationale le PDG de la SAGESS.
Une "importante libération de gazole" sera effectuée "dans les 20 premiers jours par les membres et partenaires du G7", a indiqué le G7 vendredi. "Nous nous réunirons dans le cadre de l'AIE dans les prochains jours afin d'examiner la possibilité de libérations supplémentaires de gazole si nécessaire".
La France fera l'"effort" de privilégier le gazole au début, dans une "volonté d'envoyer un signal clair au marché", a déclaré Emmanuel Macron vendredi.










