Pétrole: L'Opep+ contribue-t-elle encore à stabiliser le marché?
Opep: Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, l'Organisation des pays exportateurs de pétrole et ses alliés (Opep+), dont les 21 ministres de l'Energie tiendront dimanche une réunion semestrielle en ligne, s'est montrée incapable de compenser les barils perdus par le blocage du détroit d'Ormuz.Si la hausse considérable des cours du brut a profité aux pays producteurs depuis les premières frappes israélo-américaines sur l'Iran qui ont marqué le début du conflit le 28 février, elle a aussi montré les limites du groupe dans sa vocation à stabiliser le marché pétrolier.
Téhéran orchestre depuis le début du conflit la quasi-paralysie du détroit d'Ormuz par lequel transitait en temps normal pas loin de 20% de la production mondiale de pétrole - près de 20 millions de barils par jour.
L'idée est de peser par ricochet sur l'économie mondiale pour mettre la pression sur Washington, en réduisant drastiquement les exportations d'hydrocarbures des pays du Golfe, dont celles de l'Arabie saoudite, de l'Irak et du Koweït qui comptent parmi les membres les plus importants de l'Opep+.
Or, c'est justement le Golfe qui concentre les capacités de production encore non exploitées qui auraient pu aider à contrer une chute de l'offre pétrolière.
Sans la possibilité de libérer cet or noir, "toute annonce d'augmentation de la production ou de modification des objectifs de volume n'aura que peu de valeur", affirme à l'AFP Ole Hansen, analyste de Saxo Bank.
La production totale de brut du groupe est passée de près de 43 millions de barils par jour en février a à peine plus de 33 millions de barils par jour pour le mois d'avril, selon les données du groupe.
En mai "ça va être moins que ça", affirme à l'AFP Homayoun Falakshahi, analyste de Kpler, à cause "d'une baisse de la production de l'Iran" qui subit depuis mi-avril le blocus américain de ses ports.
La production totale du cartel va également baisser en raison du départ des Emirats arabes unis de l'organisation, le 1er mai, qui chamboule l'équilibre du groupe.
Abou Dhabi, qui était le quatrième producteur de l'Opep+ en volume, dispose de très grandes capacités inexploitées de production, un levier essentiel pour réguler le marché.
Le pays a déjà annoncé vouloir augmenter significativement sa capacité de production de pétrole dans les prochaines années, donc "ils ne veulent pas qu'on leur dicte leur conduite, ils veulent maximiser leurs revenus", relève à l'AFP Lawrence Haar, professeur à l'université de Brighton.
Une fois le détroit d'Ormuz débloqué, cela pourrait ainsi conduire les Emirats à lutter pour des parts de marchés contre l'Opep+.
Pour le cartel, le risque principal est celui d'une hémorragie, avec d'autres membres qui seraient tentés de s'en aller. "Si l'Irak sort, ça pourrait marquer la fin de l'Opep+", juge par exemple M. Falakshahi.
L'Arabie saoudite, le membre le plus influent au sein de l'Opep+, va "faire le nécessaire pour qu'il n'y ait pas d'autres sorties" du groupe, estime l'analyste.
Cela pourrait se traduire par une plus grande flexibilité sur les quotas ou moins d'exigences sur les compensations des volumes produits au-delà de ces derniers.
Surtout que "pour l'instant, le cadre de compensation n'est plus pertinent en raison de l'ampleur des arrêts de production" lié à la guerre au Moyen-Orient, et "l'Opep ne peut pas y faire grand-chose", souligne M. Hansen.
Selon ce qui est écrit sur son site, la mission principale de l'organisation est de "garantir un approvisionnement efficace, économique et régulier en pétrole pour les consommateurs", et "un revenu stable pour les producteurs". Cette mission est compromise dans un marché pétrolier "plongé dans la confusion", qui est passé d'une situation de surabondance à un risque de pénurie, résume M. Hansen.
Actuellement, ce qui limite la hausse des prix "c'est la Chine, qui achète moins de pétrole que d'habitude" et utilise ses vastes réserves d'or noir, ajoute M. Falakshahi.









