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Le prix du pétrole peut-il rester bas pour longtemps ?

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Le prix du pétrole a beaucoup reculé à cause du coronavirus, alors que les efforts des producteurs pour stabiliser le marché sont restés vains. Le cours du pétrole peut-il rester bas longtemps ?


Pourquoi le prix du baril de pétrole a fortement chuté depuis le début de l’année ?

Les prix des matières premières utilisées en masse dans les pays industrialisés pour faire fonctionner leurs économies ont fortement chuté depuis le début de la crise du coronavirus Covid-19. L’énergie, dont le pétrole, fait partie des produits qui ont le plus perdu en valeur en cette période.

En effet, la crise du Covid-19 qui a débuté en Chine à la fin de l’année 2019, a fortement pesé sur la demande d’énergie et de pétrole dès le début. La Chine étant le deuxième plus grand importateur de pétrole au monde, il était rapidement clair que l’épidémie et la baisse d’activité qui en résultait allait fortement réduire la demande de pétrole dans le pays.

La situation s’est ensuite empirée lorsque l’épidémie s’est propagée en Europe puis aux Etats-Unis, réduisant encore plus la demande de consommation d’énergie.

Dans le même moment, les pays producteurs de pétrole, menés par l’Arabie Saoudite et la Russie, ont échoué à s’accorder sur des réductions de la production. Un accord a fini par être trouvé le 12 avril pour réduire la production, mais cela a été jugé comme insuffisant par les observateurs du marché.

Ainsi, selon la loi de l’offre et de la demande qui régit les prix mondiaux sur les marchés financiers, lorsque l’offre est bien supérieure à la demande, cela induit une baisse des prix du pétrole et beaucoup de trading sur pétrole.


Des perspectives sombres pour le pétrole à court terme

Les cours du pétrole ont beaucoup baissé depuis le début de l’année 2020, le prix du baril Brent, le prix de référence mondial perdant près de 60% de sa valeur à la mi-avril. Et peu de signes indiquent qu’une remontée est à prévoir durant les prochaines semaines.

En effet, malgré les efforts déployés par les producteurs mondiaux de pétrole pour réduire la production afin d'équilibrer le marché, le monde est toujours confronté à un problème de faible demande. Tant que la consommation de produits pétroliers ne commencera pas à se redresser au niveau mondial, il sera très difficile de plaider en faveur d'une hausse des prix du pétrole à court terme.

Le dernier rapport d’avril de l’Agence International de l’Energie (AIE), qui surveille et conseille les économies industrialisées en matière d'énergie, offre quelques éléments qui renforcent cette vue.

L'AIE a en effet mis en garde contre une baisse record de la demande de pétrole cette année en raison de la pandémie Covid-19, qui a obligé les pays du monde entier à fermer leurs économies. La baisse de la demande estimée à 9,3 millions de barils par jour cette année équivaut à une décennie de croissance. En particulier, dans ce qu'elle appelle un "avril noir" pour le marché de l'énergie, la demande devrait tomber à son plus bas niveau depuis 1995 durant ce mois.

“La demande mondiale de pétrole va chuter cette année comme jamais auparavant en raison des blocages économiques imposés dans le monde entier pour contenir la pandémie de coronavirus”, a déclaré l’AIE. "Nous pourrions voir que c'est la pire année dans l'histoire des marchés mondiaux du pétrole", a déclaré Fatih Birol, directeur de l'AIE.

Face à cette faible demande, les réductions de la production de 9,7 millions de barils par jour à partir du 1er mai et jusqu'au 30 juin, concertées au niveau mondial, semblent insuffisante pour corriger l'excédent de l’offre par rapport à la demande.

A cet égard, l’AIE a préféré s’abstenir de faire des commentaires, préférant attendre d’observer des réductions réelles sur le marché, sans s’attarder sur les promesses des pays producteurs qui se sont engagés à le faire. Fatih Birol a néanmoins souligné qu’"Il n'y a pas d'accord possible qui pourrait réduire l'offre suffisamment pour compenser ces pertes de demande à court terme".

Ainsi, malgré d’importantes réductions de la production, elles ne permettent pas encore d'équilibrer le marché au cours du deuxième trimestre de l'année 2020. Le surplus de l’offre devrait donc encore peser sur les prix du baril encore plusieurs semaines. Une stabilisation précaire des prix pourrait donc être en cours, avant un éventuel rebond plus tard dans l’année.


Quelques espoirs pour une remontée des prix du pétrole à moyen terme

Alors qu’à court terme une hausse des cours du pétrole semble difficile à imaginer, elle semble toutefois plus plausible durant la deuxième partie de l’année. En effet, plusieurs éléments peuvent laisser penser qu’une remontée des prix est envisageable à moyen terme.

Birol a ainsi déclaré que l'accord conclu en avril en vue de réduire la production mondiale de pétrole à partir du mois de mai contribuera progressivement à stabiliser quelque peu la situation.

De plus, la chute des prix du pétrole réduit déjà la production dans de nombreux pays, car le coût de pompage du brut dépasse le rendement de sa vente sur le marché. Les ventes de beaucoup de producteurs se font à perte avec un prix du baril autour de 20 dollars, les poussant à produire moins.

Un autre facteur qui peut pousser les producteurs à réduire davantage leur cadence, est simplement le manque de place pour stocker le pétrole invendu. Avec 503,6 millions de barils en avril, les stocks américains de pétrole brut sont environ 6% au-dessus de la moyenne quinquennale pour cette période de l'année.

L'Agence Internationale de l'Energie a ainsi averti que l'accord mondial visant à réduire l'offre ne suffirait pas à empêcher le monde de manquer de capacité de stockage "en quelques semaines".

Il y a également des rapports de médias selon lesquels l'administration Trump travaille sur un plan visant à payer les producteurs de pétrole américains pour qu'ils ne produisent pas. Bloomberg a rapporté que le département américain de l'énergie a un plan pour payer les producteurs de pétrole pour qu'ils arrêtent de produire.

En plus des réductions, des pays comme la Chine, l'Inde, la Corée du Sud et les États-Unis devraient également à acheter plus de pétrole pour le stocker dans les réserves stratégiques, selon les termes de l’accord d’avril. Ainsi, ce sera une nouvelle source de demande de pétrole durant les prochains mois. Selon l’AIE, les transferts de pétrole vers les stocks stratégiques pourraient représenter environ 2 millions de barils par jour de moins sur le marché.

Mais le plus important pour une future hausse des cours du pétrole, c’est évidemment la perspective d’une solide reprise économique mondiale. Cela semble encore loin, mais les annonces de réouvertures de plusieures économies industrialisées dans le monde apportent un certain espoir.

En effet, si les confinements du coronavirus se terminent dans quelques semaines, sans incidents et retours en arrière, cela pourrait contribuer à relancer l’activité, et donc la demande de consommation de produits pétroliers. L'AIE affirme ainsi qu'il pourrait y avoir une reprise au cours du second semestre de l'année, bien qu'elle soit progressive et qu'il subsiste beaucoup d'incertitudes sur la manière dont la pandémie continuera à affecter l'économie mondiale.

Une perspective qui est encouragée par les chiffres économiques émanant de la Chine. En effet, alors que le PIB chinois a sombré de 6,8% au premier trimestre, la production industrielle n’a baissé que de 1,1% en mars, après une chute de -13,5% en février. Aussi, de plus en plus de sociétés mondialisées déclarent observer une reprise des ventes en Chine depuis quelques semaines.

Cela témoigne de la capacité d’une reprise rapide de l’activité en levant progressivement les confinements, comme le fait la Chine depuis mars. Toutefois, il est encore trop tôt pour dire si cette tendance peut durer.

Il y a donc des raisons de penser que le prix du pétrole pourrait commencer à remonter au second semestre. Certaines conditions doivent cependant être observées d’ici là. Ainsi, certains investisseurs commencent déjà à se positionner sur le marché pour acheter du pétrole en ligne en vue d’une future remontée des prix.




Les efforts ratés des pays producteurs de pétrole pour stabiliser le marché

Face à la chute des prix du baril, les pays producteurs de pétrole ont tenté de limiter la production, donc réduire l’offre de pétrole pour répondre à la baisse de la demande, afin de stabiliser le marché et endiguer la chute des prix.

Il faut noter que déjà durant l’année 2019, une alliance nommée OPEP+, composée de l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP), sous la houlette de l’Arabie Saoudite, et d’un autre groupe de pays, menés par la Russie, ont commencé à réduire la production afin de maintenir des prix élevés sur le marché du pétrole.

Le dernier accord de l’OPEP+, signé en décembre 2019, prévoyait des baisses de réduction de la production de pétrole jusqu’en mars 2020, alors que l’impact du coronavirus commençait tout juste à se faire sentir sur le marché du pétrole.

Toutefois, en mars, alors que l’alliance tentait de trouver un accord pour prolonger les réductions de l’offre face au risque du coronavirus, l’Arabie Saoudite et la Russie ne sont pas parvenues à s’entendre. En effet, pendant que les deux pays fournissaient des efforts pour soutenir les prix du pétrole, les Etats-Unis en profitaient pour augmenter la production de schiste et gagner des parts de marché, ce qui a particulièrement irrité les russes.

Cet échec a ainsi déclenché une guerre des prix entre l’Arabie Saoudite et la Russie afin de regagner des parts de marchés, ce qui a empiré la chute des cours du pétrole sur le marché. Début avril, le baril de Brent reculait vers 22 dollars, un niveau plus vu depuis 18 ans (2002), alors que l’or noir s’échangeait à plus de 70 dollars au début de l’année.

Un prix du baril autour de 20 dollars signifie cependant que beaucoup de producteurs de pétrole opèrent à perte, ce qui a poussé l’OPEP+ à reprendre les négociations pour trouver un nouvel accord dès avril.

Un nouvel accord a effectivement été annoncé le 12 avril, avec la participation d’un plus grand nombre de pays, dans ce qui est désormais appelé l’OPEP++. Mais les opérateurs de marché et les analystes ont largement convenu que la réduction de 9,7 millions de barils par jour en mai et juin, bien que historique, serait tout à fait insuffisante pour stabiliser le marché compte tenu de la baisse mondiale de la demande.

Ainsi, à la mi-avril, le prix du baril de Brent continue d’évoluer à des niveaux historiquement bas, autour de 25 dollars, et pourrait encore rester bas durant quelques semaine, mais il y a des chances qu’il commence à remonter durant les prochains mois.



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